Sources d'énergie renouvelables - Et si la source d'énergie du XXIe siècle allait être le... charbon?

Avec le développement de la Chine et de l’Inde, il est vraisemblable que la consommation d’énergie continuera de croître dans les prochaines années.
Photo: Agence France-Presse (photo) Frederic J. BROWN Avec le développement de la Chine et de l’Inde, il est vraisemblable que la consommation d’énergie continuera de croître dans les prochaines années.

Peut-on imaginer un monde où les seules sources d'énergie seraient le soleil, le vent et l'hydroélectricité? Dans les rêves de certains écologistes, peut-être, mais, pour ce qui est du siècle à venir, rien n'est moins évident. C'est le constat que fait l'historien Yves Bouvier, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Savoie.

Pour parvenir à une conclusion qui met à mal certaines utopies écologistes, l'historien Yves Bouvier a étudié les grandes transitions qui se sont produites dans le domaine de l'énergie depuis la Révolution industrielle. Or, dit-il, les sources d'énergie se substituent rarement les unes aux autres, elles s'additionnent.

«Le développement de la sidérurgie, des machines à vapeur, de l'industrie textile et de la locomotive est lié directement à l'exploitation du charbon, qui apparaît en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, explique le maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Savoie. En même temps, on invente la pollution et les villes tentaculaires.» Depuis le Moyen Âge, les moulins à eau et à vent étaient les principales sources d'énergie, mais ils ne permettaient pas le transport de l'énergie. Le charbon de houille suscitera une croissance considérable en quelques années seulement.

Plus tard, la première transition énergétique de l'ère moderne surviendra vers 1880, alors qu'apparaît l'électricité. Celle-ci se présente dès le début comme une énergie propre, l'énergie de la lumière. On ne parle pas encore d'environnement, mais de santé publique. Le discours hygiéniste des médecins de la fin du XIXe siècle prétend que l'électricité permettra de s'affranchir du charbon. Or il n'en fut rien.

Malgré les beaux discours, l'électricité n'a jamais remplacé le charbon. Elle a plutôt donné naissance à de nouvelles applications, affirme Bouvier. Le charbon a continué à servir à l'industrie, alors que l'électricité a servi à l'éclairage urbain et à des applications privées comme l'ampoule électrique et les appareils électroménagers. «La grande date, dit Bouvier, c'est l'exposition internationale d'électricité en 1881 à Paris. C'est une immense fête de l'électricité, avec des fontaines lumineuses et des réalisations grandioses. C'est le moment où s'impose l'ampoule de Thomas Edison.»

Arrive ensuite le pétrole, à la fin du XIXe siècle. Autant le charbon a permis l'apparition d'un mode de transport collectif, soit le train, autant le pétrole permettra l'apparition d'un mode de transport individuel, l'automobile. Il n'y aura pas plus de substitution avec le pétrole qu'avec l'électricité, dit Yves Bouvier.


Du charbon et du pétrole plus propres

«Dans l'histoire, les sources d'énergie ne se sont jamais substituées les unes aux autres, mais toujours additionnées. D'où le pari extraordinaire qui consisterait à substituer en quelques années des sources d'énergie renouvelables aux sources d'énergie fossiles.» Ni l'apparition du charbon ni celle de l'électricité n'ont permis de faire diminuer la consommation de charbon. Malgré un léger tassement jusqu'en 1975, celle-ci continue d'augmenter. Comme la consommation de pétrole.

Selon Bouvier, avec le développement de la Chine et de l'Inde, il est vraisemblable que la consommation d'énergie continuera de croître dans les prochaines années. Bref, les sources d'énergie renouvelables trouveront leur place sans pour autant se substituer au charbon et au pétrole. «L'idée que la consommation d'énergie pourrait stagner ou diminuer n'a pas encore rallié beaucoup d'experts, dit Bouvier. Le grand scénario selon lequel on remplacerait tout le pétrole et tout le charbon par des sources d'énergie renouvelables est une utopie. Il est plus probable qu'on poursuive le développement de sources d'énergie propres tout en continuant à utiliser des sources d'énergie polluantes.»

Selon l'historien, ce serait même une erreur que de n'investir que dans les sources d'énergie renouvelables. «Ça partirait d'une bonne intention, mais qui ne correspond absolument pas à la structure actuelle de la consommation. On ne peut donc pas se dispenser d'améliorer les procédés actuels qui utilisent le charbon et le pétrole. Les sources d'énergie solaires et éoliennes pourront jouer un rôle important, mais elles pourront difficilement assurer l'ensemble de la production à l'échelle d'un État. On n'a donc pas d'autre choix que d'investir aussi dans du charbon plus propre et du nucléaire plus productif.»

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Collaborateur du Devoir

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