Carbone: la Bourse de Montréal n'attend plus que le signal d'Ottawa

Tout est en place à la Bourse de Montréal pour l'arrivée du marché «prometteur» du carbone, mais l'institution spécialisée dans les produits dérivés attend toujours un signal clair de la part d'Ottawa pour lancer les opérations.

Le président et chef de la direction de la Bourse de Montréal, Alain Miquelon, a ainsi confirmé à son tour hier que les tergiversations des conservateurs empêchent de faire décoller les transactions, alors que l'Europe a déjà pris le virage du marché d'échange de crédits de gaz à effet de serre (GES). «On attend la confirmation d'une date claire pour l'entrée en vigueur d'un programme de conformité», a-t-il indiqué, en marge d'un discours prononcé devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

«Notre désir est de voir apparaître au Canada un système de "cap and trade" pour s'attaquer au problème des gaz à effet de serre. On pense que ce système est le bon modèle. Ce qui est important pour nous, c'est que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux mettent en place un cadre réglementaire pour inciter les émetteurs à réduire leurs émissions de GES.» Selon lui, une fois que des objectifs précis de réduction auront été fixés, avec échéanciers, le marché pourra fixer un prix.

Il se dit d'ailleurs persuadé de voir le Canada faire un geste en ce sens sous peu, alors qu'un «momentum» est en train de se dessiner chez nos voisins du Sud, tant au niveau de Washington que d'initiatives des États américains. M. Miquelon estime qu'un cadre précis devrait être complété d'ici deux ans.

Les appels en ce sens se font d'ailleurs de plus en plus nombreux du côté des marchés. «L'implantation d'un marché des crédits de gaz carbonique est devenue un enjeu économique qui s'ajoute à l'enjeu environnemental. Au Canada, il est temps de passer à l'action», déclarait la semaine dernière le vice-président au développement à la Bourse de Montréal et superviseur du marché climatique, Léon Bitton. Plusieurs dirigeants d'entreprises déplorent également la lenteur du fédéral à préciser les normes d'émissions de GES.


Encadrer les hors-cotes

Dans un autre ordre d'idées, M. Miquelon s'est porté à la défense des produits dérivés hier, produits que le financier Warren Buffet a déjà qualifiés d'«armes financières de destruction massive».

Dans la foulée de la crise économique, on a décidé de mieux réglementer les produits hors-cote. «La réforme vise notamment à pousser les produits dérivés hors-cote qui peuvent être standardisés vers les Bourses et d'envoyer ceux qui ne peuvent être standardisés vers les chambres de compensation. Le tout, dans un esprit de transparence, de liquidité et de sécurité.» Le tout devrait se mettre en place au cours des prochains mois, a-t-il précisé.

Ainsi, a rappelé Alain Miquelon, les produits dérivés devraient constituer plus que jamais une «bonne stratégie d'investissement lorsqu'utilisés pour gérer les fluctuations du marché». La Bourse de Montréal compte d'ailleurs diversifier son offre de produits dérivés dans les mois et les années à venir, ce qui favorisera la croissance, selon son président.

À voir en vidéo