Une entente sur la protection des forêts primaires reste possible

Coupe partielle dans la forêt amazonienne.
Photo: Agence France-Presse (photo) Coupe partielle dans la forêt amazonienne.

Il n'y a pas encore d'entente à Copenhague dans le dossier des forêts, mais on parle désormais d'un important consensus même s'il reste encore plusieurs questions à résoudre avant qu'un texte final ne soit soumis à la plénière, ce qui pourrait devenir un des fleurons de cette conférence qui bat de l'aile pour l'instant.

La coupe à blanc des grandes forêts primaires, c'est-à-dire celles qui n'ont jamais été coupées sous les tropiques, comme en Amazonie ou en Indonésie et dans le nord, comme notre forêt boréale, est responsable, selon le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), de près de 20 % des émissions anthropiques lorsqu'on ne les laisse pas se reconstituer. Devant la rapidité effarante qui caractérise leur disparition pour cause de coupes légales et illégales, l'idée a germé au début de la décennie qu'il faudrait arrêter cette destruction et récompenser les pays qui vont se priver des recettes de l'exploitation pour maintenir actifs ces immenses capteurs de gaz à effet de serre, ces véritables machines à oxygène et ces écosystèmes hyperactifs.

L'objectif visé consiste à réduire d'ici 2020 de moitié le rythme de disparition de ces grandes forêts primaires et de le freiner totalement d'ici 2030. Ces deux cibles semblent faire pour l'instant l'objet d'un large consensus autour du programme REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation), un sigle qu'on verra de plus en plus souvent.

Le protocole de Kyoto n'accordait aucun crédit pour la sauvegarde des forêts primaires. Non seulement de petits pays qui possèdent des forêts humides luxuriantes ont-ils été intéressés par l'idée de pouvoir un jour obtenir ainsi des crédits, mais de puissantes multinationales, qui ont mis la main sur des territoires énormes en Afrique, en Asie et en Amérique latine, y voient de gros profits à l'horizon, ce qui a aidé à faire avancer le dossier. Au point d'ailleurs que leur vision des choses a commencé à engendrer, non plus de la grogne, mais de l'opposition chez les écologistes, de la part de petits pays et des conservationnistes.

Cette opposition tient au fait que les textes mis au point prévoient que retourner des terres dégagées à leur vocation forestière d'origine pourrait se faire par la plantation d'arbres. Or les monocultures étant de véritables déserts biologiques pour la faune, les défenseurs de la convention sur la biodiversité y voient une menace majeure. Pis, plusieurs craignent l'arrivée des arbres OGM, d'autant plus qu'une multinationale comme Monsanto a voulu se faire reconnaître avec ses produits comme une alliée de la séquestration du carbone en agriculture, ce qu'elle ou des semblables pourraient rapidement vouloir faire aussi en forêts.

Selon une source au sein de la délégation française, un pays qui accorde une grande importance au dossier, la clause autorisant la plantation comme méthode de reforestation donnant ouverture à des crédits a été maintenant suffisamment balisée afin que les plantations ne soient pas des monocultures mais simplement des espèces abondantes dans de nouveaux milieux forestiers. Il faut dire ici que plusieurs exploitants des forêts africaines sont d'origine française.

Mais ce problème n'est pas le seul car, il y a deux jours, ce dossier a donné l'occasion à l'ambassadeur français attitré au dossier du climat, Brice Lalonde, de se démarquer nettement de la position de l'Europe, laquelle abrite en son sein plusieurs pays propriétaires de grandes forêts, comme la Finlande, la Suède, l'Autriche et l'Allemagne.

Les pays membres de Kyoto doivent mesurer les émissions engendrées par la coupe forestière. Mais la méthode de calcul désormais proposée accorde une exemption pour la combustion du bois à des fins de chauffage, une exemption si généreuse qu'elle augmenterait annuellement les rejets de l'Europe — sans les comptabiliser — d'environ 118 millions de tonnes. Ces exemptions sont si élevées que jamais aucun pays en cause ne serait ainsi pénalisé, a affirmé Brice Lalonde, ce qui démontre, à son avis, qu'elles constituent une véritable «fraude» au moment où l'Europe essaie d'amener les pays en développement à des méthodes de calcul plus rigoureuses et vérifiables de leurs émissions.

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