Mise en garde aux États contre le risque d'un échec

Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, s’est adressé aux journalistes en quittant son hôtel pour se rendre au centre Bella.
Photo: Agence France-Presse (photo) Claus Bech Le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, s’est adressé aux journalistes en quittant son hôtel pour se rendre au centre Bella.

La session ministérielle de la conférence de l'Organisation des Nations unies visant à conclure un accord mondial sur le climat a débuté hier après-midi à Copenhague par des mises en garde répétées sur le risque d'échec en raison du blocage persistant dans les négociations.

Copenhague — À trois jours du sommet qui doit rassembler quelque 120 chefs d'État et de gouvernement pour clore la conférence, les ministres de l'Environnement ont formellement entamé leurs travaux, en présence du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, venu donner un coup de fouet à des pourparlers enlisés dans les querelles entre pays riches et en développement sur les objectifs et les financements.

La présidente danoise de la conférence, Connie Hedegaard, a averti les ministres: «Je dois vous le dire, nous pouvons échouer. Si nous voulons réussir — et nous allons réussir! — nous devons changer de vitesse. Cela signifie que le mot clé des deux prochains jours doit être "compromis".»

«Nous sommes presque à court de temps», a lancé le responsable de l'ONU chargé du climat, Yvo de Boer, déplorant qu'il y ait eu «des progrès mais pas suffisamment pour pouvoir présenter Copenhague au monde comme un succès». Un cri d'alarme déjà lancé la veille par M. Ban, qui a souligné hier à Copenhague que le financement pour «venir en aide aux pays les plus vulnérables» constituerait un «élément clé» d'un accord.

Ce financement est un des points majeurs sur lesquels s'affrontent pays industrialisés et en développement, avec les objectifs chiffrés et la répartition des efforts.

Hier, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, soulignait ainsi que la pression ne peut reposer exclusivement sur les pays industrialisés, qui doivent certes montrer la voie, car «pratiquement toute la croissance des émissions dans les 20 années à venir viendra des pays en développement».

Ce point oppose notamment les États-Unis et la Chine, les deux plus gros pollueurs de la planète. Tous deux ont réitéré hier leurs positions, irritant l'Union européenne. «Il y a deux pays qui représentent la moitié des émissions mondiales», a lancé le ministre suédois de l'Environnement, Andreas Carlgren, dont le pays préside actuellement l'UE. «Nous attendons toujours de leur part qu'ils relèvent leur niveau d'ambition en matière de réduction d'émissions.»

Mais Pékin s'est à nouveau refusé à débatgetre de ses objectifs d'émissions de gaz à effet de serre, qui ne prévoient pas de réduction en volume absolu afin de ménager sa croissance.

Et l'émissaire américain à la conférence, Todd Stern, a lui aussi exclu de revoir à la hausse à Copenhague les objectifs de réduction à l'horizon 2020, soulignant que le Congrès doit encore adopter une loi en la matière.

Hier matin, un nouveau projet d'accord, laissant de côté les objectifs chiffrés de réduction, confiés à des groupes de travail, a été soumis aux délégués. Et un nouveau projet d'accord global, rédigé par la présidence danoise, est attendu aujourd'hui. L'idée reste de limiter le réchauffement de la planète à + 2 °C, ce qui implique des réductions radicales et rapides des émissions. Le sentiment d'urgence s'accroît d'heure en heure, avant le sommet de vendredi.

Une conférence téléphonique pour faire le point a eu lieu dans l'après-midi entre Mme Merkel, le président américain Barack Obama, le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique Gordon Brown.

L'avenir du protocole de Kyoto, seul traité international contraignant contre le réchauffement, dont la première période d'engagement s'achève fin 2012, reste aussi sujet de tensions. Y voyant la seule garantie crédible d'un engagement contraignant des pays riches, les pays en développement y sont farouchement attachés.

L'Union africaine a ainsi averti hier que Copenhague risquait de déboucher sur «l'arrêt de mort du protocole de Kyoto», ce qui entraînerait «la mort de l'Afrique».

Et la France et l'Afrique ont lancé hier un appel commun pour un «accord ambitieux» à Copenhague, conforme aux objectifs déjà acceptés par les pays les plus riches.

L'intransigeance sur Kyoto irrite toutefois d'autres pays. «C'est inquiétant. La conférence ne progresse pas à cause de cela», a estimé le ministre japonais de l'Environnement, Sakihito Ozawa.

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