Privilège à l'industrie pétrolière de l'Ouest? - Les industries québécoises sont aux aguets

Ottawa — La possibilité qu'Ottawa accorde une forme de passe-droit à l'industrie pétrolière et refile à d'autres le gros des efforts de réduction des émissions de GES est mal reçue au Québec. Car ceux qui ont déjà contribué à réduire leur empreinte veulent s'assurer que leurs efforts seront reconnus.

Les représentants des grands secteurs industriels québécois se montrent suspicieux. Si Ottawa favorise les pétrolières de l'Ouest en leur imposant des cibles moins sévères et ne tient pas compte des efforts déployés par les industries québécoises pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), il y aura un problème, dit-on.

À Manufacturiers et exportateurs du Québec, le président Simon Prévost trouve ainsi «inacceptable de penser qu'on ne demandera pas à tout le monde de faire sa part». Si le gouvernement choisit de faciliter la tâche au secteur pétrolier, M. Prévost en déduira qu'il s'agit d'une «décision purement politique». En 2005, les manufacturiers du Québec avaient réduit leurs émissions de GES de 24 % sous les niveaux de 1990, calcule M. Prévost. «Nous avons déjà fait un gros effort, alors que notre secteur ne représente que 15 % de toutes les émissions de GES au Canada.»

Au Conseil de l'industrie forestière du Québec, Guy Chevrette déplore la possibilité qu'Ottawa ne tienne pas compte des réductions déjà effectuées par son industrie. «Il ne faudrait surtout pas être surtaxés parce que les autres n'ont pas fait le dixième de ce que nous avons fait. [...] Il faut éviter que ceux qui ont pris les devants payent la facture de ceux qui ont du retard.» M. Chevrette cite les statistiques d'Ottawa selon lesquelles au Québec, en 2006, l'industrie des pâtes et papiers a réduit ses émissions de GES de 41 % par rapport à leurs niveaux de 1990.

Utiliser 2006 comme année de référence équivaudrait à faire fi de ces réductions. «Couper d'un autre 20 % nos émissions? C'est "sweet fuck all!"», lance-t-il dans son langage toujours aussi coloré. M. Chevrette rappelle que le «gras» des émissions de gaz à effet de serre a déjà été coupé. «S'il reste du gras, c'est des lamelles, c'est pas des bedons ronds.»

Même son de cloche à la Canadian Steel Producers Association (acier), où le président Ron Watkins indique que «les gestes les plus faciles à poser et qui ont le plus d'impact [sur les émissions de GES] ont déjà été faits. [...] Si nous étions obligés de faire des améliorations importantes à court terme, nous n'en serions pas capables. Nous serions forcés d'acheter des crédits sur le marché international et cela aurait un impact économique direct.» M. Watkins dit que son industrie a réduit de 20 % ses émissions entre 1990 et 2008. Il veut donc s'assurer que ces efforts seront reconnus.

Sans vouloir s'avancer trop loin devant ce qu'il pense n'être qu'une rumeur, Jules Lauzon, directeur général de la section Québec de l'Association canadienne des fabricants de produits chimiques, reconnaît qu'un passe-droit à un secteur de l'économie se traduirait par des obligations plus lourdes pour les autres. «Ce sont des vases communicants, mais ça ne nous inquiète pas parce qu'il s'agit de rumeurs. On est loin d'avoir vu la tête de la bête.» L'industrie des produits chimiques au Québec affirme avoir réduit ses GES de 38 % par rapport à leur niveau de 1990.

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