Laval a perdu 40 % de ses milieux humides

On empiète sur les milieux humides pour faire du développement domiciliaire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir On empiète sur les milieux humides pour faire du développement domiciliaire.

Si les grands de la construction écrèment les meilleurs contrats municipaux, d'autres entreprises du même secteur, proches des machines électorales locales et provinciales, se sont offert un véritable pactole en remblayant et en construisant sur les derniers milieux humides de la région de Laval.

En cinq ans, les entrepreneurs en construction de Laval ont remblayé et construit sur 40 % des derniers milieux humides de cette île.

C'est ce que révèle une compilation des dernières pertes en milieux humides réalisée par le Conseil régional de l'environnement de Laval, dont Le Devoir a pu prendre connaissance auprès de son coordonnateur, Guy Garand.

Selon ce dernier, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) a autorisé en 2009 le remblayage de 10 nouveaux milieux humides entre janvier et septembre.

L'an dernier, le CRE de Laval a dénombré sur la foi de documents obtenus du ministère 26 autres cas de milieux humides légalement altérés ou rayés de la carte pour faire place à de nouvelles maisons.

Ces 36 disparitions en 21 mois, explique Guy Garand, s'ajoutent aux 104 autres marais, boisés et milieux humides divers qui ont été saccagés, légalement ou illégalement mais en toute impunité, entre 2004 et 2007, toujours au profit de promoteurs immobiliers sur le territoire de Laval.

Cela porte le total des disparitions à 140 milieux humides en cinq ans sur les 353 recensés depuis une décennie, soit 39 %.

Et cette comptabilité, explique Guy Garant, ne tient pas compte de la disparition du grand marais de Saint-Elzéar entre 2001 et 2003, remblayé en partie pour faire place à un parc industriel. Le promoteur a écopé en 2007 de deux amendes de 1800 $.

«Pourquoi se casser la tête à faire des études de répercussions environnementales et demander des certificats d'autorisation quand les sanctions sont aussi ridicules?», commente le coordonnateur du CRE.

On se souviendra par ailleurs du projet Islemère, révélé par Le Devoir et qui avait fait l'objet d'une ordonnance de restauration en 2005 par l'ancien ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair. Ce dossier a été réglé à l'amiable en 2008 par l'actuelle ministre, Line Beauchamp, qui a préféré ne pas en appeler de la décision paralysante du juge Luc Lefebvre. Ce dernier avait refusé de protéger le marécage forestier parce qu'à son avis, et contrairement au jugement des plus éminents scientifiques, ce n'était pas un véritable milieu humide. Jusqu'à ce jour, et malgré les pouvoirs que leur confère la loi depuis 25 ans, aucun ministre québécois n'a obtenu la restauration d'un milieu humide saccagé, un coût qui découragerait bien des promoteurs si un seul exemple était fait, convient Guy Garant.

Même le gouvernement, ajoute-t-il, n'a pas respecté les milieux humides lavallois en empiétant, avec les travaux de l'autoroute 25, sur d'importants milieux humides qu'il s'était pourtant engagé à protéger par une zone tampon.

«Nous assistons, dit-il, à Laval, à un laisser-faire généralisé autant du ministère que de l'administration municipale, qui n'a encore aucune règle légale de protection de ce patrimoine naturel, car la MRC Laval n'a pas encore fait approuver un premier schéma d'aménagement alors qu'on en est à revoir la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. Au ministère, on "scrappe" tout ce qui est en bas d'un demi-hectare s'il n'y a pas de plantes rares ou d'espèces menacées. Mais au rythme actuel de dévastation, ce sont les espèces ordinaires qui sont devenues en danger, ce qu'ils sont incapables de comprendre.»

Réactions

Invité à dire où le ministère s'en allait avec son imprimante à autorisations et si la direction régionale avait une idée du moment où elle devra s'arrêter dans une logique d'impacts cumulatifs, le directeur régional, Pierre Robert, a dit que ses fonctionnaires «respectent le cadre d'autorisation en vigueur» et qu'il s'informerait pour savoir si on savait dans ses services où se trouvait la ligne rouge à ne pas dépasser.

Pour André Bouchard, professeur de biologie à l'Université de Montréal et ancien curateur du Jardin botanique de Montréal, «les règles actuelles constituent un véritable scandale, car elles ne tiennent pas compte du fait qu'il reste environ 8 % des milieux humides que comptait la région de Montréal autrefois. La politique actuelle, c'est zéro, explique celui qui a défendu l'idée d'une gestion écosystémique des forêts au sein de la commission Coulombe. Quand il reste aussi peu d'un patrimoine vivant aussi important, la seule politique rationnelle, c'est une protection intégrale et jalouse de tout ce qui reste. Il faut revoir toute la politique québécoise et revenir à la position Mulcair, qui voulait protéger la totalité des milieux humides dans le Québec

habité».
3 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 22 novembre 2009 07 h 01

    Le saccage de Laval continue.

    On pourrait parler de plan d'urbanisme, de construction tout autour de l'Ile Jésus, des trois piliers de développement à Laval que sont les parcs industriels, les projets domiciliaires et les centres d'achats. On pourrait parler de pistes cyclables malheureuses de Laval, alors que l'on a sacrifié presque toutes les berges au profit des constructeurs. On pourrait parler de L'impossibilité de se rendre dans un centre d'achats à pied dans cette ville de l'automobile. Développement sauvage d'une ville qui est à mon avis, ce qui s'est fait de plus laid dans tout le Québec en ce qui a trait à l'aménagement urbain, et ce, pour longtemps. Laval aura été bâti sous la gouverne principale de l'équipe Vaillancourt. Alors, quand on habite Laval, et qu'on veut un peu de culture, de divertissement et de plein-air dans de beaux parcs ou sur de magnifiques berges protégées, on traverse à Montréal.

  • LAURENT PRADIES - Inscrit 24 novembre 2009 05 h 52

    tout détruire !!!

    ah! quel bonheur de tout détruire, quel rêve de laisser à nos enfants un espace mort, couvert d'asphalte et d'énormes mausolées plus moches, vulgaires et inélégants les uns que les autres...affublés de véhicules leur ressemblant abritant nos corps à l'unisson de difformité grasse et purulante réparés à coup de prothèses de silicone....c'est ça le bonheur que d'être humain, être des morts vivants, être soi-même un alien..

  • morphy75 - Abonné 21 septembre 2010 00 h 29

    Laval est devenue avec le temps le paradis de l'automobile et de ses courses de chars dans les rues.!

    Habiter Laval est en fait devenue un enfer avec le temps pour y habiter car en fait on y cotoie le meme degré de pollution qu' au centre ville de MONTRÉAL sinon plus aux heures de pointes.Traverser les boulevards a Laval vous demandent d'etre plus que vigilent avec ces virages a droite sur feu rouge alors vous vous risquez de tomber sur un enragee du volant qui serait pret a vous ecrabouiller avec son Pick up de l'année. Au fil des années Laval est devenue une ville moche ou seul l'auto est privilegié davantage que les pietons et cyclistes ou meme handicapé qui circulent sur les trottoirs puisque l'On commence a deneiger les trottoirs que 3-4 jours apres avoir deblayer les rues et boulevards et pendant ce temps les deneigeurs privés remblaien leurs neige dans la rue. Laval une ville moche aux multiples carrieres et cour a scrappes en passant par ces multiples garages et concessionnaires de voitures usagees ou l'offre depasse surement la demande et on peut se demander pourquoi on ne pourrait pas etre si fier de notre ville.! J'essaie ,mais j'en suis incapable tellement que cette ville est devenue invivable avec le temps.