Aménagement forestier - Écologistes et industriels s'opposent

La volonté de Québec de reprendre le contrôle de l'aménagement forestier constitue désormais la ligne de démarcation des «pour» et des «contre» les amendements apportés cette semaine au projet de loi 57 par la ministre des Richesses naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau.

Autant les écologistes favorisent ce virage, autant l'industrie affirme qu'il «ne permettra pas à l'industrie de retrouver sa compétitivité».

Pour Nature-Québec, par contre, la nouvelle mouture du projet de loi «place enfin les écosystèmes forestiers et l'aménagement qui en découle au coeur de la réforme et reprend ainsi la principale recommandation de la commission Coulombe», expliquait hier Louis Bélanger, porte-parole de la commission Forêts de nature du groupe écologiste.

Ce dernier ajoute qu'en «reprenant le contrôle de la planification et de l'aménagement des forêts, auparavant confié à l'industrie forestière, et en plaçant l'aménagement écosystémique au centre de la réforme, le Québec ouvre la voie à une nouvelle foresterie respectueuse des limites des écosystèmes et favorisant une diversification de l'économie forestière».

Le groupe environnemental est aussi particulièrement satisfait de la décision de Québec «de ne pas fixer à l'avance de grandes zones de sylvicultures intensives qui ne seraient pas soumises aux critères d'aménagement durable des forêts», d'autant plus que le Forestier en chef voit sa mission recentrée sur l'aménagement durable et non plus uniquement sur le calcul de la «possibilité forestière» qui détermine les volumes annuels de coupe.

Mais pour les industriels, voilà une réforme «qui donne à la ministre et à ses fonctionnaires le pouvoir de prendre toutes les décisions sur le plan opérationnel, l'industrie perdant ainsi tout contrôle de ses coûts».

«L'industrie devra analyser sérieusement l'intérêt de demeurer en forêt», a menacé le Conseil de l'industrie forestière dans son communiqué officiel.

Ce dernier ajoute qu'on lui impose des surcoûts contraires aux lois du marché en obligeant ses membres à acheter en priorité les 20 % du bois disponible au Québec dans les fermes forestières avant de pouvoir s'approvisionner aux forêts publiques. Pour l'industrie, le Québec va demeurer dans le peloton des provinces dont le bois est le plus cher.

Greenpeace, qui voit d'un «bon oeil» le retour à l'aménagement écosystémique, se dit toutefois «outrée» de la décision de Québec de ne se donner «aucun outil législatif pour conserver les dernières forêts intactes de la province dans le cadre de sa nouvelle loi sur l'occupation du territoire forestier».

Il ne reste que 10 % de forêts commerciales intactes et, selon Greenpeace, Québec se doit, au nom de ses engagements en matière de protection de la biodiversité, de protéger cet écosystème, le plus riche puits de carbone de la planète.