Changer le monde... une banane à la fois!

Photo: Rémy Charest Reuters

Chaque année, on consomme près de 525 millions de bananes au Québec. En Amérique du Nord, il s'agit du fruit le plus populaire sur le marché. Si, jusqu'à tout récemment, cette consommation massive était souvent synonyme de piètres conditions de travail pour les producteurs du Sud et de culture très dommageable pour l'environnement, aujourd'hui, elle peut être porteuse de changement. Désormais, les Québécois ont la possibilité de changer le monde... une banane à la fois !

De nos jours, on estime que chaque personne dans le monde consomme en moyenne 14 kilos de bananes par année. Nettement lucratif, le marché traditionnel de la banane est dominé par cinq multinationales qui se partagent 85 % du marché. Bien souvent, ces entreprises contrôlent toutes les étapes de la filière, de la production dans les pays du Sud à la mise en marché au Nord.

Afin de vendre le plus grand nombre de bananes possible à des prix raisonnables, les multinationales font tout ce qu'elles peuvent pour réduire les coûts de production. Ceux qui en écopent sont les travailleurs, qui doivent cultiver leurs bananes dans des conditions difficiles qui ne respectent que rarement l'environnement.

Pesticides et certification équitable

Pour empêcher la propagation de maladies néfastes pour le commerce, d'imposantes quantités de pesticides et de fongicides sont pulvérisées chaque année dans les plantations. À titre d'exemple, une plantation traditionnelle en Amérique centrale reçoit annuellement environ 30 kilos de pesticides par hectare.

Une incroyable quantité de ces pesticides pulvérisés par avion se perd dans l'environnement. Les produits chimiques se retrouvent ainsi dispersés dans le sol et les cours d'eau, affectant la chaîne alimentaire. Aussi, de nombreux travailleurs souffrent de maladies causées par l'utilisation de pesticides, comme des cancers de la peau, des problèmes de stérilité et d'invalidité, ainsi que des anomalies congénitales.

Là où on cultive la banane équitable, la réalité quotidienne est toute autre. La certification équitable assure aux travailleurs des bananières un prix

plancher pour leur ouvrage. De plus, ils obtiennent une prime sociale qui doit être réinvestie dans le développement local. Celle-ci permet l'implantation de projets bénéficiant à l'ensemble de la population.

En matière d'environnement aussi, les choses sont différentes. Comme c'est toujours le cas pour les produits certifiés équitables, les producteurs de bananes doivent respecter la réglementation écologique nationale et internationale, y compris l'interdiction d'utiliser des pesticides proscrits. Encouragés à respecter l'environnement, la majorité des producteurs de bananes équitables sont aussi certifiés biologiques.

«En tant que consommateur, on se dit souvent que le bio est bon pour notre santé. Mais, si on pense aussi à la santé des producteurs, c'est fou ce que le bio peut changer pour eux! Ça leur permet de travailler dans des conditions beaucoup plus saines et leur qualité de vie en bénéficie grandement», souligne Danielle Marchesseault, cofondatrice d'Équicosta, une entreprise familiale québécoise offrant aux consommateurs des produits de haute qualité, certifiés équitables

et biologiques.

Une histoire de famille

Au Québec, les premières bananes certifiées équitables disponibles sur le marché sont celles d'Équicosta. En choisissant ces bananes, qui coûtent quelques cents de plus le kilo, les consommateurs assurent aux travailleurs du Sud un revenu adéquat et de meilleures conditions de vie.

«C'est Julie qui a eu la bonne idée des bananes», raconte Danielle. Après avoir passé une vingtaine d'années à travailler en développement communautaire, intéressée par le commerce équitable, Danielle Marchesseault est retournée sur les bancs d'école afin d'obtenir un diplôme de deuxième cycle en développement économique communautaire. «Pour développer quelque chose d'alternatif dans un monde qui ne l'est pas, il faut bien connaître les rouages économiques», soutient Mme Marchesseault.

Sa fille, Julie, faisait alors des études en art. Largement intéressée par le commerce équitable et le développement durable, elle s'est rendue au Pérou et au Mali pour y participer à des activités de coopération internationale.

Toutes deux décidées à faire leur part en matière de développement durable et communautaire, elles ont décidé de s'associer pour créer leur entreprise 100 % équitable et biologique.

Un produit novateur

Jusqu'à ce que les Marchesseault lancent leurs activités d'importation à la fin de 2007, aucun fruit certifié équitable et biologique n'était disponible sur le marché québécois. Vendues depuis 1996 aux Pays-Bas, les bananes certifiées équitables sont de plus en plus populaires dans le monde et leurs ventes ont augmenté d'environ 20 % par année depuis un peu plus de dix ans.

Aujourd'hui, les bananes certifiées équitables proviennent de sept pays (Costa Rica, Équateur, Colombie, Pérou, Ghana, République dominicaine et îles Sous-le-Vent) et génèrent d'importantes retombées pour près de 8500 producteurs et leurs familles.

Pour leur part, les bananes d'Équicosta proviennent de l'Équateur et, en plus d'être certifiées équitables par l'organisme Transfair Canada, sont reconnues comme biologiques par Écocert.

Si le choix d'importer la banane équitable et biologique peut aujourd'hui paraître tout à fait logique, la chose était loin d'être aussi évidente lorsque Danielle et Julie ont eu l'idée de bâtir Équicosta.

«Un des principes du commerce équitable, c'est de procurer un revenu régulier et stable aux producteurs. On avait regardé du côté de l'artisanat, mais on était incapable de trouver quelqu'un qui en retirait des revenus stables. Julie a finalement pensé à la banane. Ma première réaction, ç'a été de dire que c'était beaucoup trop périssable», se souvient Danielle.

Mais, en creusant un peu plus, lorsqu'elle a découvert que la banane était l'un des aliments les plus consommés au monde et que sa culture traditionnelle était particulièrement polluante, elle a conclu que l'idée était loin d'être bête.

De fil en aiguille, grâce aux judicieux conseils d'une consultante oeuvrant au sein d'une corporation de développement économique, les Marchesseault ont mis leur entreprise sur pied. Mais les choses n'ont pas toujours été simples.

«Au début, on a ramé parce qu'on n'avait jamais rien importé de notre vie. Il y avait plein de permis à obtenir et de petites subtilités à connaître! Aujourd'hui, notre gros défi hebdomadaire, c'est toujours de traverser les frontières. Nos bananes arrivent à New York. Il faut que les papiers soient en superordre. Puisque nos produits sont périssables, il faut surveiller nos affaires

de près! On ne peut pas se permettre d'avoir un conteneur bloqué aux douanes pendant des semaines», affirme Danielle.

Où les trouver

Aujourd'hui, les affaires vont bon train. Les bananes d'Équicosta sont disponibles dans de nombreux points de vente, notamment dans tous les IGA du Québec. Depuis peu, l'entreprise s'est même lancée dans l'importation de pamplemousses et d'avocats certifiés équitables et biologiques. Si ce n'est pas déjà fait, ces deux nouveautés devraient se retrouver sur les tablettes de plusieurs supermarchés et de tous les IGA de la province d'ici quelques jours.

«Nous sommes très fières de nos produits, confie Danielle. Pour être convaincant, il faut être convaincu. Moi, je suis certaine que, lentement mais sûrement, une banane à la fois, on va réussir à changer les choses!»

Pour connaître les points de vente d'Équicosta: www.equicosta.com.

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Collaboratrice du Devoir