Conférence de Barcelone, en route vers Copenhague - L'ONU ne se laisse pas décourager par le peu de progrès accompli

Il aurait fallu sans doute un miracle pour que la conférence de Barcelone ouvre en cinq jours une voie royale vers celle de Copenhague, car, à travers le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, c'est la politique énergétique de chaque pays développé qui est en cause, soit le coeur de leur économie.

Le secrétaire de la Convention des Nations unies sur le climat, Yvo de Boer, a convenu hier, à l'issue de la conférence de Barcelone, que peu de progrès y avaient été faits sur la question centrale de la deuxième période de réductions de gaz à effet de serre entre 2012 et 2020.

Le grand patron de la Convention a toutefois estimé que des progrès avaient été réalisés aux tables de négociation portant sur l'adaptation, la coopération technologique, l'utilisation des forêts comme puits de GES dans les pays en développement et sur les mécanismes de gestion des fonds pour les investissements qui seront éventuellement faits dans les pays en développement.

«Copenhague peut et doit devenir le tournant de la bataille contre le réchauffement du climat, a déclaré Yvo de Boer, à l'issue de la conférence hier midi. J'ai toujours confiance que cela sera possible.»

Mais, a ajouté le porte-parole de l'ONU, «il est essentiel que des gestes concrets soient posés immédiatement après la conférence de Copenhague pour commencer à aider les pays en développement à faire face aux changements climatiques, soit pour s'adapter à leurs impacts, soit pour limiter la croissance de leurs propres émissions.»

Cette semaine, la plupart des observateurs, des diplomates, et même dans le clan onusien, laissaient entendre que la conférence de Copenhague aurait tellement de matière sur la table qu'il devient impensable qu'il en ressorte un traité international qu'on ouvrira pour la signature. On pense plutôt à une déclaration politique qui constituerait le canevas d'un futur traité, lequel serait complété au cours de négociations ultérieures en 2010.

Du côté des pays en développement, soit les quelque 120 regroupés dans le G77, on se disait «très déçu» de la rencontre de Barcelone.

Mama Konate, directeur de la délégation du Mali, expliquait au Devoir que le «message» donné cette semaine, avec le retrait des Africains des tables de négociation, n'avait pas eu les résultats escomptés. Mais au moins, a-t-il dit, «le message est passé et c'est important, car c'est une question de survie pour nous».

Les délégations africaines, avec l'appui des pays du G77, ont quitté les tables jusqu'à ce qu'un accord en plénière accorde la priorité des débats aux objectifs globaux et particuliers de réduction des émissions des pays développés. Initialement, ils ne voulaient pas revenir aux tables avant que chaque pays ait précisé ses intentions en matière de réductions.

Quant à l'attitude du Canada, dit-il, «elle a bien changé depuis la conférence de Montréal». Il n'en revient pas de voir le Canada s'en tenir, pour 2020, à un objectif inférieur (-3 %) à celui qu'il s'était engagé à atteindre à Kyoto dès 2008 (-6 %).

Pour Steven Guilbeault, du groupe Équiterre, «ça ne sera pas facile à Copenhague, car on sort de Barcelone sans même un texte consolidé avec les principaux scénarios, comme on l'avait fait durant la conférence préparatoire de Kyoto. Pour l'instant, selon les sujets, on a des textes matures et d'autres pas. Mais en ce qui a trait aux réductions, le "groupe Parapluie", qui englobe les États-Unis et d'autres pays occidentaux comme le Canada, a bloqué toute définition d'objectifs globaux ou particuliers».

Le Canada, qui a remporté hier le prix «Fossile de la semaine» pour le boulet qu'il constitue dans les négociations, serait désormais, selon Steven Guilbeault, en «perte de crédibilité importante car, en raison de son manque de détermination et de leadership, on ignore de plus en plus ses avis».

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Les principaux dossiers

Réduction des émissions

- Les pays industrialisés devront définir un objectif global de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2020. Selon les scientifiques, pour avoir 50 % de chances de reprendre le contrôle du climat, il faut réduire les émissions globales de 25 % à 40 % sous les niveaux de 1990. Seule l'Europe s'est prononcée sur cette question, avec un objectif de base de 20 % qui peut aller jusqu'à 30 % si la communauté internationale collabore.

Aide aux pays pauvres

- Un fonds mondial doit être créé pour aider les pays les plus pauvres à faire face aux effets d'un climat qu'ils n'ont pas déréglé. L'Union européenne estime à 100 milliards d'euros par an la contribution de l'Occident et entre 5 et 7 milliards d'euros d'ici un an ou deux.

Distribution de l'aide

- Les États doivent mettre au point un mécanisme de distribution des fonds destinés aux pays en développement pour réduire leurs émissions de GES, lutter contre les sécheresses et autres séquelles du réchauffement. Contrairement aux institutions comme la Banque mondiale, le nouvel organisme donnerait aux pays en développement la possibilité de dire leur mot sur la manière dont l'argent sera dépensé.

Cadre du traité

- Les négociateurs doivent mettre au point un traité légalement contraignant. Les pays en développement veulent que le protocole de Kyoto soit prolongé après 2012 avec de nouveaux objectifs de réduction pour les 37 pays industrialisés de l'Annexe 1. Les États-Unis ne veulent toujours pas adhérer à Kyoto, ce qui ouvre la porte à un nouveau traité pour les pays qui ne font pas partie de l'Annexe 1, dans lequel on ferait un copier-coller de Kyoto mais avec un nouveau nom.

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