Prix Lionel-Boulet - Une nouvelle «terre» pour le Québec

André Gosselin
Photo: Rémy Boily André Gosselin

Fils d'une famille agricole de Saint-Laurent sur l'île d'Orléans, André Gosselin a opté pour une carrière d'agronome spécialisé en horticulture. Il est devenu en fait un chercheur universitaire réputé, ayant accumulé à ce jour 300 communications et 150 publications scientifiques et accompagné 75 étudiants gradués et stagiaires postdoctoraux. Cette année s'ajoute à cette liste la réception du prix Lionel-Boulet.

Les réalisations d'André Gosselin, nombreuses et impressionnantes, presque toutes reliées à la production agricole et à l'environnement, sont désormais largement connues dans le grand public, sans que celui-ci sache vraiment qui en a été l'artisan.

Le prix Lionel-Boulet, décerné pour honorer une personnalité qui s'est illustrée par ses activités de recherche et de développement en milieu industriel, ne saurait être remis à une personne plus méritante, comme en témoigne sa contribution à l'industrie agroalimentaire. Encore étudiant, au moment où son père s'apprêtait à vendre la ferme familiale, André Gosselin a pris la relève, ce qui ne l'a pas empêché de poursuivre de brillantes études, couronnées par un doctorat en biologie végétale et horticulture de l'Université Laval, en 1983.

Par ses activités de chercheur, M. Gosselin a contribué de façon importante au développement de la technologie de l'éclairage photosynthétique pour la culture des légumes en serre, du fraisier à production continue et des petits fruits sous grands tunnels au Québec. On pourrait résumer en disant qu'il est en quelque sorte le père des tomates Savoura. Dans sa ferme, il y a désormais Les Fraises de l'île d'Orléans Inc., une entreprise qui, grâce à la technologie de production continue, récolte désormais des fraises et des framboises d'automne. C'est en partenariat avec des firmes prestigieuses comme Hydro-Québec et Sylvania (États-Unis) que la technologie de l'éclairage photosynthétique a été développée, dont bénéficient désormais les producteurs de concombres, de poivrons et de laitues, par exemple HydroSerre Mirabel. Il y a à peine 20 ans, toutes les tomates et les laitues vendues au Québec en hiver étaient importées de l'étranger.

Fruits d'ici

À part une participation majoritaire dans Les Fraises de l'île d'Orléans, M. Gosselin est un actionnaire silencieux dans plusieurs des entreprises qui sont nées à la suite de ses travaux de recherche et qui créent des centaines d'emplois. Plus récemment, il a lancé une nouvelle entreprise, Nutra Canada, en voie de démarrage à Champlain, qui aura pour mission de commercialiser des extraits de petits fruits ainsi que d'autres espèces à valeur ajoutée, dont certains légumes et plantes médicinales.

Il mentionne en particulier le travail qu'il fait en collaboration avec Fruit d'or, un leader dans le domaine des bleuets et des canneberges. Avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, il a également développé et enregistré quatre cultivars de fraisiers et de framboisiers, qui sont désormais multipliés in vitro par un étudiant gradué, Frédéric Laforge, et distribués dans des réseaux de pépiniéristes en Amérique du Nord. Des essais sont en cours en Europe. En plus de donner une valeur ajoutée à ces fruits et légumes, Nutra Canada veut valoriser les résidus qui sont ensuite récupérés par des entreprises de transformation, pour devenir par exemple un antioxydant dans les biscuits Leclerc ou un fortifiant dans les jus Lassonde. «Ce sont tous des produits importés de l'Asie ou de la Californie et qu'on pourrait développer nous-mêmes», souligne M. Gosselin, qui a été par ailleurs l'instigateur de la création de l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels, qui aujourd'hui, avec ses 300 chercheurs, est un chef de file au Canada dans ce domaine.

Souci écologique

Sur le plan de l'environnement, il a, avec son collègue Serge Yelle, mis en place un programme de recherche et développement, avec un budget de sept millions sur six ans, qui aura permis la valorisation de 100 % des résidus de 200 tonnes par jour de la papetière Daishowa. D'autres entreprises, dont Cascades, ont par la suite adopté cette technologie.

Âgé de 53 ans, M. Gosselin demeure toujours un chercheur passionné qui profite d'un nouveau centre de recherche à l'Université Laval, construit au coût de 15 millions, avec Les Industries Harnois, un spécialiste dans le domaine des serres et des installations sous tunnel, qui a participé au financement de ce projet, tout comme Daishowa, Provigo et Petro-Canada. «C'est mon laboratoire», déclare-t-il à propos de ce centre, dans lequel on retrouve 15 professeurs et 50 étudiants gradués. Ce champ d'activité universitaire dans le vaste domaine de la nutrition attire plus que jamais l'attention des jeunes étudiants. «Il y a 15 ans, la nutrition n'était pas tellement un sujet à la mode, mais la santé et la bonne alimentation intéressent beaucoup les jeunes maintenant. Chez nous, il y a un très bel engouement, d'autant plus que tous nos projets sont reliés à l'environnement», ajoute-t-il.

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Collaborateur du Devoir

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