Le bétail serait responsable de la moitié des émissions de GES

Selon deux chercheurs des États-Unis, les différents cheptels de bétail domestique de la planète pourraient être responsables non pas de 18 % des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine, mais de 51 %. L'étude publiée hier par le Worldwacht Institute dans son numéro de novembre-décembre est signée par Robert Goodland et Jeff Anhang.

Cette mauvaise nouvelle en cache une bonne, disent-ils, car on peut agir beaucoup plus rapidement sur les émissions du bétail qu'en voulant changer la structure de production d'énergie actuelle avec des combustibles fossiles. Des changements radicaux dans les diètes et l'imposition de taxes de carbone sur les produits d'élevage seraient plus compatibles avec l'urgence de réduire les émissions planétaires. Et cela permettrait à cette industrie agricole de se transformer avant d'être frappée par la hausse inévitable des produits pétroliers.

Cette étude était suivie hier par une autre plutôt inquiétante sur la fonte des glaciers, qui libéreraient des décennies de produits chimiques accumulés dans leurs glaces.

Cette dernière recherche s'est déroulée au lac Oberaar dans les Alpes bernoises suisses. Christian Bogdal et ses collègues ont mesuré une importante augmentation des contaminants industriels tels les dioxines, BPC, pesticides, etc., qu'ils attribuent au relargage de ses molécules toxiques par la fonte du glacier situé en amont, un apport imprévu qui compromet des décennies de dépollution.

Quant aux deux chercheurs étatsuniens dont les travaux ont été publiés hier par le Worldwatch Institute, ils sont très critiques envers l'étude publiée en 2006 par la FAO selon laquelle 18 % des émissions de GES sont attribuables aux bétail, vaches, cochons, agneaux, chèvres, poulets, chameaux, chevaux, etc. Au lieu d'émettre 7,5 milliards de tonnes de GES comme le prétend la FAO, tout ce bétail élevé pour répondre aux besoins d'une population humaine en pleine croissance et de plus en plus férue de régime carné, c'est plutôt 32,5 milliards de tonnes (Gt) de GES qu'il faut attribuer à cet élevage intensif.

Ils ont calculé que la respiration de tout ce bétail ajoute 8,7 Gt au bilan de la FAO. Selon eux, la perte d'espaces forestiers qui servaient jusqu'à présent de puits de GES équivaut à 4,2 Gt de GES. Les émissions de méthane du troupeau global auraient, à leur avis, été sous-estimées par la FAO, car si on se fonde plutôt sur les barèmes du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, il faut ajouter 7,9 Gt d'émissions. Ils proposent aussi quatre autres catégories d'émissions, totalement mises de côté par la FAO, dont les tonnages de viande sont plus bas, notent-ils, que les rapports produits par les industries elles-mêmes. Enfin, les chercheurs estiment qu'il faudrait attribuer à l'élevage plutôt qu'aux secteurs industriels les émissions attribuables aux fluorocarbones utilisés pour la réfrigération des viandes, aux GES émis par la cuisson des aliments et par l'élimination des déchets d'abattage.

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