Protocole de Kyoto - Le Canada sème la zizanie à Bonn

Bonn — Le Canada a semé la zizanie dans une nouvelle conférence diplomatique de l'ONU sur le réchauffement climatique, à Bonn, en faisant dépendre sa ratification du protocole de Kyoto d'un allégement de ses obligations.

«Le Canada veut en fait renégocier le protocole à son avantage», a expliqué hier l'expert en climat de Greenpeace, Michel Raquet, disant tout haut ce que des diplomates européens ont exprimé tout bas.


Le Canada est en proie à des difficultés intérieures sur la ratification du protocole depuis le rejet de cet accord international sur le climat par son principal partenaire commercial, les États-Unis. Il ne peut mettre en oeuvre le protocole, qui n'est pas encore en vigueur, sans la coopération de ses provinces occidentales comme l'Alberta, grandes exportatrices d'énergie «propre» (gaz et hydroélectricité) aux États-Unis.


Pour arracher le consentement de ses provinces récalcitrantes, le gouvernement fédéral leur avait offert fin février un système avantageux de calcul de leurs émissions de gaz à effet de serre qui tiendrait compte de la pollution évitée aux États-Unis grâce à l'utilisation d'énergies propres canadiennes.


Mercredi, à l'ouverture de la conférence de Bonn, la délégation canadienne a demandé l'inscription à l'ordre du jour d'une proposition qui lui permettrait de se créditer 70 millions de tonnes d'émissions évitées aux États-Unis en 2010 et de réduire d'autant ses efforts à faire. Elle n'avait pas obtenu satisfaction hier soir et les débats se déroulaient sur la base d'un ordre du jour provisoire.


Dans son argumentaire, Ottawa fait valoir que l'atmosphère ne connaît pas de frontières et bénéficie des émissions évitées dans les centrales américaines alimentées au gaz ou à l'hydroélectricité, énergies moins polluantes que le charbon ou le pétrole.


La revendication canadienne risque d'ouvrir une boîte de Pandore, avait averti en avril la commissaire européenne à l'Environnement, Margot Wallstroem, après une rencontre de ministres de l'Environnement des grandes puissances en avril à Banff (Alberta). Elle pourrait donner des idées à d'autres gros exportateurs de gaz, avait-elle ajouté devant des journalistes à Bruxelles.


Kyoto impose aux pays industriels des réductions de six gaz à effet de serre, dont le CO2 (gaz carbonique), en 2010 par rapport à 1990. L'UE, qui a ratifié la semaine dernière, doit les réduire de 8 %, et le Canada, de 6 %. La Russie doit seulement stabiliser ses émissions en 2010 à leur niveau de 1990.


Les États-Unis jugent l'accord trop contraignant. Ils auraient dû baisser le niveau de leurs rejets polluants de 7 % alors que ceux-ci ont déjà augmenté officiellement de 14 % en 2000.


Le feu vert d'Ottawa à Kyoto n'est pas indispensable compte tenu des règles de ratification du document, contrairement à celui de la Russie, qui n'est pas encore définitivement acquis. Il est cependant jugé très souhaitable par l'UE, qui compte beaucoup sur Ottawa pour tenter d'obtenir, le jour venu, un revirement américain.