Des spécialistes s'inquiètent - La fermeture de la pêche à la morue pourrait nuire à d'autres espèces

St-Jean, Terre-Neuve — La fermeture quasi totale de la pêche à la morue sur la côte est canadienne exercera plus de pression sur les autres espèces et pourrait les conduire à une catastrophe similaire, disent des scientifiques.

Depuis que l'industrie de la pêche à la morue a commencé à décliner, il y a une dizaine d'années, la récolte de crabes a presque quadruplé, les pêcheurs se tournant vers d'autres espèces pour survivre. En 1990, on n'avait pêché que 27 000 tonnes de crabes dans les provinces atlantiques. On en a pêché plus de 107 000 tonnes en 2001.

Même chose pour les crevettes: on en avait débarqué à peine 37 000 tonnes en 1990, contre 125 500 tonnes en 2001 — un bond de 335 %.

Les provinces les plus durement touchées par l'effondrement des stocks de morue, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, sont à l'origine de la majeure partie de cette augmentation.

«En plusieurs endroits, les gens ont tout simplement cessé de découper les poissons en filets pour se mettre à décortiquer les crevettes et à cuire les crabes», déclare Michel Vermette, directeur de la gestion de la ressource pour le ministère des Pêches et Océans.

Le sort de la pêche à la morue dans l'Atlantique était incertain depuis le premier moratoire décrété par le gouvernement fédéral, en 1992, mais pour la plupart des pêcheurs, le nouveau moratoire annoncé jeudi, et dont la durée n'a pas été précisé, constitue le coup de grâce.

Les pêcheurs et les entreprises de transformation du poisson de la région vont avoir besoin des autres espèces pour pouvoir survivre.

Surcapacité

Il existe une «énorme» capacité de transformation dans l'est du pays, souligne M. Vermette. Cette surcapacité est un problème: trop de gens dépendent de trop peu de poisson, dit-il.

Les exportations canadiennes de poissons et de fruits de mer ont atteint un sommet sans précédent de 4,7 milliards, l'an dernier. Le homard représentait la première exportation en valeur, soit un milliard. Les exportations de crabes totalisaient 678 millions l'an dernier, et les exportations de crevettes sont passées à 438 millions.

Mais on ignore l'état de ces stocks, note Fred Woodman, du Conseil pour la conservation des ressources halieutiques. La pêche au homard a atteint des sommets, ces dernières années, rappelle-t-il. Selon lui, ce serait courir au désastre que de mettre encore plus de pression sur le homard.

Lana Payne, porte-parole du syndicat de l'Union des pêcheurs de Terre-Neuve, dit que même s'ils le voulaient, la plupart des pêcheurs qui dépendaient de la morue ne pourraient pas se tourner vers les crustacés, puisqu'il n'y en a pas dans leur région. Ceux qui y ont accès ont déjà un permis, et il n'y en aura pas d'autres d'émis.