Pêche à la morue - Un moratoire complet est sur le point d'être annoncé

Ottawa — Après des mois d'études et de réflexion, le ministre fédéral des Pêches, Robert Thibault, annoncerait dès cette semaine une fermeture complète de la pêche à la morue, indiquent des sources.

«C'est un scénario très probable», a confirmé le secrétaire parlementaire du ministre et député de Bonaventure-Gaspé-Îles-de-la-Madeleine-Pabok, Georges Farrah.

Au cabinet de M. Thibault, on reconnaît qu'une annonce pourrait avoir lieu cette semaine, tout en insistant pour dire que le ministre n'a pas encore pris sa décision finale. Selon une source, le dossier a passé l'étape du cabinet, la semaine dernière, et il appartient maintenant au premier ministre Jean Chrétien de trancher.

Selon le National Post, l'annonce aurait été retardée par les élections québécoises — une version que dément M. Farrah.

Cela fait des mois que le ministre Thibault, sur la foi de données scientifiques fort négatives, laisse planer la possibilité d'un moratoire complet. Lorsqu'elle se concrétisera, cette nouvelle rappellera de très mauvais souvenirs aux résidants de Terre-Neuve-et-Labrador et de l'est du Québec, qui ont connu une fermeture totale de la pêche à la morue de 1993 à 1996.

Le gouvernement doit jongler avec plusieurs rapports contradictoires qui lui ont été remis ces dernières semaines. Le Conseil canadien pour la conservation des ressources halieutiques propose de réduire de 50 % les quotas de pêche à la morue dans le sud du golfe du Saint-Laurent, ce qui ferait passer de 6000 à 3000 tonnes la récolte annuelle.

De son côté, le groupe de travail québécois sur le poisson de fond suggère de maintenir le statu quo sur les quotas de pêche commerciale, mais de limiter le nombre de pêcheurs, d'interdire la pêche sportive et d'accroître la chasse au phoque, un prédateur de la morue.

Malgré ces rapports, le ministre a toujours été clair: il préconise un moratoire complet.

«Après tout ce qui nous est arrivé ces dernières années, il n'y a plus grand-chose qui nous énerve», a lancé hier le porte-parole du Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie, André Boucher.

Cette attitude fataliste ne l'empêche pas de s'opposer à un moratoire qui affectera quelque 2000 pêcheurs et travailleurs d'usine québécois, dont une partie dépend exclusivement des revenus de la morue.

«Ce qu'il faut faire, c'est restructurer l'industrie pour mieux répartir les ressources et la richesse», affirme M. Boucher. Pour aider les pêcheurs de poisson de fond, dont les revenus sont peu élevés, Ottawa devrait leur accorder une partie des quotas de la pêche au crabe, qui est plus lucrative, avance-t-il.

Le député Farrah rétorque qu'en raison du caractère cyclique de cette pêche, il vaut mieux y aller prudemment avec cette approche — qui est déjà appliquée à petite échelle.

Quoi qu'il en soit, le Bloc québécois demande déjà à Ottawa de mettre sur pied un plan d'aide financière pour les pêcheurs, les travailleurs d'usine et les industriels qui seront affectés par le moratoire.

«Le gouvernement fédéral est responsable d'avoir mal géré la ressource, alors il se doit de dédommager ceux qui ont investi dans cette industrie», soutient le député bloquiste de Matapédia-Matane, Jean-Yves Roy.

«Je souhaite moi-même qu'il y en ait un [plan d'aide financière] parce que ce sont des régions très vulnérables», assure Georges Farrah, en précisant que c'est une agence fédérale, Développement économique Canada, qui est chargée du dossier. Au bureau du secrétaire d'État Claude Drouin, on a toutefois refusé de dire si un tel plan était en préparation.

La morue est une industrie de 30 millions de dollars dans l'est du Canada. À Terre-Neuve-et-Labrador, pas moins de 15 000 pêcheurs et travailleurs d'usine en dépendraient en tout ou en partie.