Manger, au risque de bouleverser le climat

Statistique Canada mesure les émissions de GES liées à la production alimentaire

Se nourrir n'est pas sans conséquences pour la planète. Le steak qu'on se plaît à griller sur le barbecue par un beau soir d'été (à venir) contribue à dérégler le climat, comme le montre une étude de Statistique Canada.

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai... comment tu contribues au réchauffement climatique. En 2003, la viande de boeuf, fraîche ou congelée, les fromages, mais aussi les aliments préparés consommés au pays ont fortement stimulé la production de gaz à effet de serre (GES) des ménages canadiens. C'est du moins ce qu'indique la première étude portant sur les émissions de GES liées aux aliments, une étude dévoilée hier par Statistique Canada.

Dans les grandes lignes, l'organisme fédéral souligne que les dépenses alimentaires des Canadiens ont entraîné la production de 45 687 kilotonnes de ces gaz qui participent à l'effet de serre et du coup, aux dérèglements climatiques de la planète. Cela représente 14 % des émissions directes et indirectes de GES des ménages canadiens, peut-on lire dans le document intitulé L'Activité humaine et l'environnement.

Principaux responsables de ces émissions? Les produits carnés qui arrivent en tête et qui entraînent la production du quart des GES rejetés dans l'atmosphère par les Canadiens. Viennent ensuite les produits laitiers et les oeufs (20 %). La consommation d'énergie, l'usage d'engrais et la gestion du fumier associés à ces productions d'aliments, tout comme le processus digestif du bétail, expliquent en partie ces chiffres, souligne Statistique Canada.

Autre constat: les aliments transformés, en boîte, en conserve ou en format surgelé, sont à l'origine de 21 % des GES induits par les habitudes alimentaires des ménages. La responsabilité des poissons (2 %) est moindre. Idem pour les condiments (4 %), les boissons non alcoolisées (6 %), les produits céréaliers (9 %) et les fruits et légumes frais (10 %), précisent les spécialistes gouvernementaux du chiffre. Cette estimation repose sur les volumes d'achats d'aliments dans les commerces canadiens.

«Ces données confirment qu'il est important de réfléchir sur le contenu de nos assiettes, a commenté hier Stéphane Groleau, de l'organisme environnemental Les Amis de la Terre. Notre alimentation a un impact sur l'environnement, c'est vrai, mais nous avons aussi, par son intermédiaire, le pouvoir de réduire notre production de GES. Et ce trois fois par jour, chaque jour de l'année.»

L'activité alimentaire est responsable de 6,4 % de l'ensemble des émissions de GES au pays, précise Statistique Canada. Outre les choix d'aliments et un régime collectif où la viande rouge occupe une place importante, l'augmentation des portions dans les dernières années, mais aussi le gaspillage sont également responsables de ces émissions. En effet, depuis 1976, le nombre de calories ingurgitées chaque jour par les consommateurs a grimpé de 9 %, passant de 3118 à 3384 kilocalories, soit 1000 de plus que le niveau recommandé par les gardiens de la santé publique pour vivre sainement.

Par ailleurs, en 2007, les pertes alimentaires des aliments vendus au détail ont été estimées à 38 % des produits vendus, soit 183 kg en moyenne par personne, précise l'organisme fédéral qui ajoute que «diminuer le gaspillage des aliments permettrait de réduire les effets indésirables sur l'environnement qu'entraînent la production, la transformation, la distribution et les services alimentaires».

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