Québec prolongerait le moratoire sur les porcheries

Québec —Le moratoire fixé jusqu'au 15 juin sur l'établissement de porcheries au Québec pourrait être prolongé et même renforcé. C'est ce qu'a indiqué hier à l'Assemblée nationale le ministre de l'Environnement, André Boisclair.

«Rien ne laisse croire que le moratoire ne sera pas maintenu. Et peut-être même que ce moratoire pourra avoir une portée plus grande que celle imposée par la loi», a déclaré le ministre Boisclair lors d'un long échange avec le chef de l'opposition, Jean Charest.


Ce dernier a réclamé un vaste débat public sur la réglementation qui doit encadrer l'industrie porcine. M. Charest a invoqué à cet égard les propos de la Protectrice du citoyen, Pauline Chapoux-Lesage, qui estime que l'adoption du règlement est le fruit d'un «processus hermétique dont les citoyens sont empêchés de comprendre les enjeux».


M. Charest a aussi cité le Barreau du Québec, qui souhaite qu'en vertu de la démocratie, les citoyens qui subissent les effets de la pollution agricole puissent se faire entendre dans le cadre d'un débat public.


Le chef libéral a donc réclamé quelques jours additionnels de débat pour permettre l'expression des opinions sur le règlement.


Mais il n'en est pas question, a répliqué le ministre André Boisclair. Si le règlement faisait l'objet de débats avant d'être promulgué, plusieurs producteurs de porc en profiteraient pour déposer des demandes de développement de porcheries. Ces demandes seraient alors traitées en vertu du droit actuel.


«On est sérieux dans notre volonté de discipliner davantage l'industrie agricole et en particulier l'industrie porcine. Faisons en sorte que les Québécois soient mieux protégés. Nous allons mieux protéger nos cours d'eau, nos lacs et nos rivières par la réglementation qui sera bientôt présentée», a dit le ministre.


Un premier moratoire sur le développement de nouvelles porcheries a été mis en place le 1er mai dernier. Il doit prendre fin le 15 juin.


Une loi est actuellement à l'étude devant l'Assemblée nationale. Elle confirme ce moratoire, prévoit que le gouvernement édictera un nouveau règlement sur la pollution animale d'ici le 15 juin et précise que toutes les 125 demandes de nouvelles porcheries actuellement à l'étude seront analysées en vertu du nouveau règlement.


Le ministre Boisclair a rappelé l'urgence d'agir. Deux rapports de directions régionales de la santé, en Montérégie et dans Chaudière-Appalaches, signalent les dangers des surplus de lisier de porc en milieu rural. Le phosphore qui se dégage de ce lisier compromet la qualité de l'eau et, en conséquence, la santé des citoyens.