Qui décontaminera la nappe souterraine de Mercier?

Cinq groupes environnementaux nouvellement coalisés ont réclamé hier des partis politiques québécois des engagements électoraux précis en ce qui a trait à la décontamination de la nappe souterraine de Mercier, qui est polluée sur 30 km2 depuis maintenant 35 ans!

D'autre part, la nouvelle coalition insiste pour que les partis en lice s'engagent aussi à ne pas lever le moratoire sur le creusage de nouveaux puits dans la zone contaminée et dans la zone tampon voisine, par souci de sécurité environnementale. De plus, les cinq groupes demandent la réactivation des enquêtes policières et des procédures judiciaires qui ont été suspendues dans ce dossier dans lequel des gestionnaires de l'incinérateur local ont délibérément rejeté des contaminants toxiques dans le sol. Les ordres gouvernementaux en vue de décontaminer le site se sont par ailleurs enlisés dans des procédures juridiques, ce qui paralyse les projets de décontamination depuis des années et fait épargner des millions en intérêts annuels à qui devrait écoper de cette facture de plusieurs dizaines de millions de dollars...

«En autorisant le déversement de 170 000 mètres cubes de résidus huileux et hautement toxiques dans les anciennes lagunes de Mercier à compter de 1968 et en ne faisant pratiquement rien par la suite pour décontaminer les lieux, les gouvernements qui se sont succédé depuis ont fait de la région une zone de sacrifice national de 30 km2. Il s'agit de la pire catastrophe écologique de l'histoire du Québec, dont la gravité a d'ailleurs été reconnue par l'OTAN», lit-on dans la missive envoyée par la coalition des cinq groupes à Bernard Landry, Jean Charest, Mario Dumont et aux représentants du Parti vert et de l'UFP.

À la suite d'une consultation publique sur les scénarios de restauration, la commission du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) soulignait au gouvernement québécois la nécessité d'intervenir «le plus rapidement possible». C'était en 1994...

Puits illégaux

La coalition demande en outre au gouvernement de prendre des mesures pour que les puits creusés illégalement dans la zone contaminée ne modifient pas le fonctionnement du piège hydraulique installé pour attirer les eaux souterraines contaminées vers l'usine d'épuration installée par Québec et dont le fonctionnement coûte annuellement des centaines de milliers de dollars aux contribuables en attendant la décontamination.

La nouvelle Coalition nationale pour la décontamination de Mercier est formée du groupe Décontamination-Mercier, du comité «Je bois clair», de la corporation Héritage Saint-Bernard, de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau (Eau-Secours) et de la Société pour vaincre la pollution (SVP).
1 commentaire
  • Maude Laberge - Inscrite 1 avril 2003 10 h 44

    Il est temps d'agir!

    35e anniversaire de la nappe phréatique la plus contaminée au Québec!

    Lorsque je suis née en 1978, les écologistes fêtaient déjà le triste 10e anniversaire de la contamination des anciennes Lagunes de Mercier.

    À la base, le dossier des Lagunes de Mercier était plutôt simple : une très malheureuse autorisation gouvernementale, faite en 1968, avait permis des déversements de produits hautement toxiques sur un site sablonneux et avait provoqué, très rapidement, une contamination des puits artésiens des particuliers habitant autour de ce lieu.

    Déjà en 1971, on avait publiquement reconnu le problème et avait évalué les coûts liés à la décontamination à 2 millions de dollars...

    Si les études commandées à cette époque avaient débouché sur des actions pour régler ou, du moins, stabiliser le problème de pollution du sol et de l'eau, nous ne serions pas là à se battre en pleine campagne électorale pour avoir un peu l'écoute de nos dirigeants.

    Avec le temps, ce dossier environnemental, économique, politique et sociale s'est affreusement complexifiés. Les gouvernements se sont succédés sans débloquer les fonds nécessaires à cette décontamination et les chicanes d'experts, d'industriels et même de certains groupes de citoyens de différents clans ont créés une déchirure sociale qui n'est pas en voie de guérison.

    En 1994, le rapport du BAPE avançait désormais le chiffre de 80 millions de dollars pour faire ce qui aurait dû se faire en 1971 lorsque les contaminants n'avaient pas encore eu le temps de migrer sur plusieurs km2! Malgré que ce rapport ait fait consensus lors de son dépôt, aucune de ses recommandations, encore aujourd'hui, ont été traduite en action!

    Est-ce que nos dirigeants ont fait le choix politique de faire la sourde oreille advitam eternam sur ce dossier explosif, seulement parce que le « bassin électoral » n'est pas assez important pour eux ?

    Aujourd'hui, à 25 ans, je fais partie de la nouvelle génération qui doit lutter pour que le site contaminé des Lagunes de Mercier ne soit pas mis aux oubliettes pendant encore 35 ans!

    Maude Laberge, Montréal