Rabaska, autopsie d'un projet insensé - Des opposants à Rabaska font le procès du BAPE

Dans un livre-choc lancé hier aux Éditions Fides, qui n'est pas sans rappeler l'Erreur boréale du tandem Richard Desjardins-Robert Monderie, quatre adversaires du projet Rabaska refont le procès d'une audience publique où le gouvernement et ceux qui ont fait la promotion de ce projet auraient piétiné toutes les règles démocratiques.

Gaston Cadrin, Bernard Dagenais, Michel Lessard et Pierre-Paul Sénéchal accusent d'entrée de jeu les principaux ténors du gouvernement Charest d'avoir manqué à leur devoir de réserve le plus élémentaire à l'égard des travaux d'une commission d'enquête au sens strict de la loi. Et cela n'a fait broncher ni la presse de la colline parlementaire ni la presse locale...

Pourtant, avant même que les travaux du BAPE commencent, le premier ministre Jean Charest, dont le chef de cabinet provenait des rangs du promoteur Gaz Métro, s'est prononcé ouvertement en faveur du projet. Même Claude Béchard, ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs et gardien par son serment d'office de la rigueur et de la neutralité du processus de consultation publique, s'est prononcé en faveur du projet 48 heures après son assermentation en janvier 2006. Dans ces circonstances, que le ministre de la Santé, Philippe Couillard, se prononce pour le projet à l'encontre de l'avis des médecins de la région, il n'y avait plus de quoi fouetter un chat.

Pour les quatre auteurs de Rabaska, autopsie d'un projet insensé, l'omniprésence dans ce dossier de dizaines de lobbyistes a littéralement «hypnotisé» la classe politique locale et même nationale en faveur du promoteur, dont faisait partie Gaz de France, une société dans laquelle le clan Desmarais de Power Corporation a des intérêts importants et des entrées autant à l'Élysée qu'au bunker provincial.

Selon ce livre, les deux tiers des 700 mémoires ont été fabriqués à partir d'argumentaires mis au point par des firmes de relations publiques, polycopiés et déposés devant le BAPE avec des signatures sollicitées, pour créer une majorité factice d'appuis. Et les commissaires n'ont pas jugé bon de relever cette tentative de manipulation, tellement grossière qu'elle a même été corroborée par une analyse d'un média de la région de Québec pourtant en faveur du projet. Un militant de la FTQ a même avoué avoir pour sa part distribué 25 mémoires favorables à des personnes à qui il les faisait signer avant de les envoyer au BAPE.

Le livre s'en prend à plusieurs facettes de cette audience qui a marqué le BAPE au fer rouge et au président de la commission, Qussaï Samak, accusé de complaisance à l'endroit du promoteur, de la visite des lieux qu'il le laisse contrôler jusqu'au renvoi de questions gênantes pour le promoteur à la période des mémoires. Selon les quatre auteurs, le rapport était si complaisant qu'il a fallu le réécrire et demander à Québec une prolongation de mandat à cette fin!

Le livre conclut que cette audience a été transformée en porte-voix pour mieux préparer l'opinion publique à l'approbation d'un projet dangereux pour le milieu urbain et la navigation fluviale, néfaste pour un paysage classé patrimoine mondial et inutile, voire contre-productif pour la sécurité énergétique du Québec et sa politique de lutte contre les changements climatiques.

Jamais, concluent les auteurs, le BAPE n'avait été aussi partial et peu réceptif devant une telle accumulation d'expertises par les adversaires d'un projet devant une instance censée juger les arguments selon leur valeur et non en fonction du poids politique des acteurs en présence.

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