L'Union européenne ratifie le protocole de Kyoto

New York — Les 15 pays de l'Union européenne ont ratifié hier à l'ONU le protocole de Kyoto, isolant un peu plus les États-Unis, qui ont rejeté cet accord international de réduction des émissions de gaz à effet de serre. À l'occasion d'une cérémonie de ratification aux Nations unies, la commissaire européenne à l'Environnement, Margot Wallstroem, a d'ailleurs une nouvelle fois demandé aux États-Unis de réévaluer leur position.

De plus en plus de données scientifiques montrent que les émissions de gaz à effet de serre sont une cause importante des changements climatiques, a fait valoir Mme Wallstroem lors d'une conférence de presse. «C'est un problème qui ne respecte pas les frontières nationales», a-t-elle fait remarquer.

Le protocole de Kyoto, conclu fin 1997, impose des réductions de six gaz soupçonnés de réchauffer l'atmosphère, dont le CO2, à 39 pays industriels en 2010 par rapport à 1990: UE: -8 %; États-Unis: -7 %; Japon: -6 %.

Les États-Unis (36,1 % des émissions de référence) ont décidé en mars 2001 de se retirer de cet accord en raison de ses répercussions jugées pénalisantes pour l'économie, préférant un plan national moins contraignant.

En février dernier, le président américain George W. Bush a simplement annoncé son intention de réduire de 18 % en dix ans l'intensité en gaz à effet de serre de l'économie, un objectif jugé très insuffisant par les milieux écologistes.

Mais Mme Wallstroem, tout comme le ministre espagnol de l'Environnement, Jaime Matas Palou, dont le pays assume la présidence tournante de l'UE, a souligné que la lutte contre l'effet de serre ne pouvait être efficace qu'à travers des accords multilatéraux, et non par des politiques nationales.

Les Quinze de l'UE ont chacun ratifié officiellement le protocole hier, de même que l'UE en tant que telle. Les plus grands efforts seront demandés à l'Autriche, à la Grande-Bretagne, au Danemark, à l'Allemagne et au Luxembourg.

Avec ces ratifications, ce protocole compte désormais 69 parties prenantes, bien plus que le chiffre de 55 requis pour son entrée en vigueur. Toutefois, ces ratifications européennes ne portent le pourcentage des émissions prises en compte pour l'entrée en vigueur qu'à 26,6 %, moins de la moitié du total requis (55 %), ce qui rend encore nécessaire la ratification par d'autres pays.

Mme Wallstroem a demandé au Japon et à la Russie d'imiter les Européens d'ici au sommet mondial sur le développement durable, qui doit s'ouvrir le 26 août à Johannesburg, en Afrique du Sud.

Le ministre néerlandais de l'Environnement, Jan Pronk, a souligné que même avec la Russie et le Japon, le quorum requis ne serait pas encore atteint, soulignant aussi que «le Canada est extrêmement important» pour parvenir à ce résultat.

Ottawa s'est engagé à ratifier Kyoto mais les provinces canadiennes et les milieux économiques s'inquiètent des répercussions sur l'industrie canadienne, dont la compétitivité risquerait de pâtir de normes plus strictes que celles imposées à l'industrie américaine voisine.

M. Pronk s'est montré confiant à propos de la position des États-Unis. «Je suis certain qu'ils vont réévaluer leur position très bientôt, ne serait-ce que pour pouvoir participer aux prochaines négociations sur les réductions d'émissions» de gaz à effet de serre, a-t-il dit.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a dit estimer que les ratifications européennes sont «une bonne nouvelle pour le monde entier». «Le changement climatique est l'un des plus gros défis que le monde aura à relever au XXIe siècle», a souligné M. Annan dans un communiqué.