Ottawa - La coalition n'a pas d'échéancier pour Kyoto

Pour la coalition formée des libéraux, du NPD et du Bloc, un échéancier de 18 mois n’est pas impératif pour la mise en place d’un futur plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pour la coalition formée des libéraux, du NPD et du Bloc, un échéancier de 18 mois n’est pas impératif pour la mise en place d’un futur plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada.

Si l'éventuel gouvernement de coalition entend mettre en place les mesures économiques à l'intérieur des 18 mois du pacte convenu, cet échéancier n'est pas impératif pour la mise en place d'un futur plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada.

C'est ce qu'ont confirmé hier au Devoir les deux porte-parole en environnement du NPD et du Bloc québécois, Linda Duncan (Edmonton-Strathcona) et Bernard Bigras (Rosemont-Petite-Patrie) au moment où plusieurs groupes québécois ont commencé ou s'apprêtent à appuyer publiquement cette coalition gouvernementale.

De plus, l'«accord politique» intervenu entre les libéraux, le NPD et le Bloc prévoit seulement que le gouvernement du Canada va «collaborer avec nos partenaires nord-américains» et non avec la communauté internationale signataire de Kyoto pour mettre en place le système d'échanges de droits d'émissions qui régira les échanges au pays.

Bernard Bigras reconnaît en entrevue que cela pourrait signifier d'attendre que les États-Unis aient défini leurs propres priorités d'action et leurs programmes si l'on veut s'harmoniser avec eux. Jusqu'ici, les trois partis fédéraux coalisés ont reproché au gouvernement Harper de s'être constamment placé à la remorque des États-Unis. Par contre, le député Bigras insiste sur le fait que l'accord politique exige des réductions absolues de GES et 1990 comme année de référence, soit les deux bases du protocole de Kyoto.

Le gain principal de cet accord, dit-il, c'est que le gouvernement de coalition qui pourrait voir le jour prochainement va annoncer à la communauté internationale que le Canada change de cap. Mais rien ne précise dans quelle mesure le Canada va rattraper son retard envers le protocole de Kyoto, un retard qui pourrait coûter des milliards au gouvernement canadien le 31 décembre 2012 alors qu'il devra acheter sous forme de crédits dans un marché surchauffé tout ce qui fera défaut à son bilan.

Mais, pour l'instant, les députés de la coalition gouvernementale ont rencontré hier plusieurs groupes environnementaux du Canada anglais, qui leur ont proposé une stratégie de rattrapage.

Des appuis à la coalition

Pendant ce temps, au Québec, plusieurs groupes environnementaux et diverses personnalités environnementales se concertaient autour d'une éventuelle déclaration publique de soutien à la future coalition gouvernementale. Les groupes québécois estiment que cette coalition représente les aspirations de la majorité des Canadiens, qu'elle doit être appuyée parce qu'elle propose une relance de l'économie basée sur une décarbonisation de l'économie, tout comme le propose aux États-Unis le nouveau président Obama.

À Poznan, le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbeault, accueillait lui aussi favorablement hier la constitution d'un éventuel gouvernement de coalition à Ottawa parce que les politiques du gouvernement Harper, disait-il, vont à l'encontre des propositions des groupes environnementaux et des stratégies de relance économique de pays comme la Grande-Bretagne et les États-Unis.

La position de ces différents groupes écologistes était d'ailleurs confirmée par les résultats d'un sondage réalisé par la firme McAllister Opinion Research pour le compte de l'Église unie du Canada, de Greenpeace, du Réseau action Climat et de l'Institut Pembina. Ce sondage récent établit que 83 % des Canadiens pensent que le Canada ne doit pas attendre les autres pays pour amorcer une réduction de ses émissions de GES, que trois Canadiens sur quatre estiment que le plan canadien doit se baser sur les conclusions des scientifiques, et que deux Canadiens sur trois estiment que le pays doit aider financièrement les pays en développement à faire face aux changements climatiques.

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