Conférence de Poznan sur les changements climatiques - En attendant Barack Obama...

La conférence de Poznan sur les changements climatiques, qui démarre ce matin en Pologne, tournera autour du pot jusqu'à un certain point en l'absence des mandataires de Barack Obama, dont la présence est essentielle pour mener à terme une négociation sérieuse sur la deuxième phase de Kyoto.

Néanmoins, la table sera mise pour des pourparlers qui pourraient faire progresser à Poznan le dossier sur plusieurs fronts en attendant que la nouvelle administration étasunienne puisse traduire tangiblement aux tables de négociation le profond changement de cap de la Maison-Blanche dans le dossier des changements climatiques.

Mais déjà, il y a dix jours, le futur président Obama adressait aux 10 000 délégués qui affluent depuis 48 heures à Poznan un message très clair. Son accession à la présidence américaine se traduira, dit-il, par un «nouveau chapitre» dans la bataille du climat.

«Nous devons relever ce défi une fois pour toutes. Il est inacceptable de différer» nos engagements, a-t-il aussi précisé par vidéo aux délégués d'une conférence réunissant industriels et gouverneurs étasuniens à l'initiative de celui de la Californie, Arnold Schwarzenegger. Ce dernier s'est d'ailleurs déclaré ouvertement sur la même longueur d'onde que le président élu Obama et a signé un décret le même jour qui obligera cet État à produire le tiers de son électricité en 2020 avec des énergies renouvelables.

Mais si le vent tourne aux États-Unis, à Poznan, cette semaine, ce pays sera encore représenté par l'administration Bush qui pourra tenter d'ultimes efforts pour ralentir la lutte contre le réchauffement de la planète. Signe des temps, le gouvernement Harper, dernier allié idéologique de l'administration Bush, pourrait tomber durant la partie politique de la conférence, la semaine prochaine, ce qui pourrait modifier sensiblement cet échiquier international, d'autant plus que Stéphane Dion pourrait se retrouver premier ministre, lui qui avait présidé avec un succès reconnu la conférence de Montréal sur les changements climatiques en 2005.

C'est l'an prochain à la conférence de Copenhague que l'administration Obama devra faire la preuve de sa volonté d'engager vraiment les États-Unis, premier émetteur de GES de la planète, dans un plan international de réduction.

Les enjeux de Poznan

Jusqu'ici, la communauté internationale se dirige vers l'atteinte des objectifs de réduction des GES, convenue à Kyoto, ce dont plusieurs doutaient.

En effet, le dernier bilan onusien indique que les émissions des 40 pays industrialisés, qui se sont engagés à faire rapport sur leurs émissions annuelles dans le cadre de la convention de Rio sur le climat, se situaient en 2006 à 5 % sous le niveau de référence de 1990. Quant aux 39 pays qui se sont engagés à réduire en chiffres absolus leurs émissions dans le cadre du protocole de Kyoto, leurs émissions se situaient en 2006 à 17 % sous la barre de 1990. Mais autant chez les signataires de la convention que chez ceux du protocole, les émissions sont à la hausse depuis l'an 2000. Et les progrès semblent moins le fait de véritables stratégies de réduction que des difficultés économiques des pays de l'Est. Mais, selon l'Agence internationale de l'énergie, à moins d'un coup de barre universel, l'utilisation des combustibles fossiles devrait augmenter de 45 % d'ici 2030, ce qui rend impératif la négociation de nouveaux objectifs de réduction pour l'après 2012.

La conférence de Poznan sera l'occasion de vérifier si les pays émergents, principalement la Chine, l'Inde et le Brésil, sont déterminés à participer à un effort international de réduction.

Jusqu'ici, 193 pays ont ratifié la Convention de Rio de 1992 sur les changements climatiques et 183 ont aussi ratifié le protocole de Kyoto. De ce dernier nombre, 39 se sont engagés dans des processus de réductions en chiffres absolus, sauf le Canada qui a officiellement renié ses engagements.

Il y aura vraisemblablement à Poznan une reprise du débat sur l'objectif global de réduction, quitte à remettre à Copenhague la difficulté d'en partager le fardeau.

L'Europe s'est commis en 2008 pour une stabilisation de la température moyenne du globe à 2 °C au-dessus du niveau pré-industriel, soit autour de 450 parties par million de CO2 dans l'atmosphère terrestre. Mais depuis un an, cet objectif jugé acceptable par le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) de l'ONU, est contesté par des chercheurs de premier plan qui estiment qu'il faut ramener de 385 ppm qu'elle est présentement cette concentration à 350 ppm, et cela d'ici une décennie sous peine de provoquer un emballement incontrôlable du réchauffement. Cette semaine, d'ailleurs, le Fonds mondial pour la nature (WWF) soutenait avec des chercheurs qu'une hausse de 2 °C suffirait à provoquer la fonte des banquises du Groenland et de l'Arctique, ce qui pourrait relever le niveau des mers et océans de cinq à sept mètres.

Mais il serait surprenant que l'Europe, le bloc le plus progressiste jusqu'ici, aille plus loin, car de fortes dissensions sur les moyens d'atteindre son objectif déclaré — soit — 20 % d'ici 2020 sur la base des niveaux de 1990 — sont apparues en Europe. La Pologne, l'hôte de la conférence, se retrouve d'ailleurs dans le camp des adversaires de la Commission européenne qui propose de vendre une partie des permis d'émissions de GES aux producteurs d'électricité et de répartir 10 % de ce produit financier aux pays plus pauvres. La Pologne, qui produit presque toute son électricité avec du charbon, s'oppose à ce mode de financement dont elle voudrait tirer le double des bénéfices proposés.

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