La gerbille des roches sort de l'incognito

La gerbille est fine mouche. Habitante des régions désertiques d'Afrique et d'Orient, elle combat la chaleur en passant l'essentiel du jour au frais dans son terrier. Elle s'affranchit de la sécheresse en cherchant, au petit matin, les graines couvertes de rosée. Et elle a depuis longtemps appris à ruser avec les fennecs et les serpents, ses principaux prédateurs, en profitant des teintes jaunes, ocre et brunes de son pelage pour se fondre dans le sable qui l'entoure. Dans le genre Gerbillus, qui compte une soixantaine de membres différents, on sait aussi tromper son homme.

À l'oeil, fût-il exercé, rien ne ressemble en effet autant à une gerbille qu'une autre gerbille. Même corps ramassé, même tête ornée de grandes vibrisses et de petites oreilles, même queue velue, mêmes pattes postérieures, plus longues (bien qu'elles ne sautent guère, contrairement aux gerboises) que les antérieures: leur taille a beau varier de 15 à 40 cm, les espèces auxquelles appartiennent ces petits rongeurs excellent dans l'art de préserver leur anonymat. Ou, plutôt, elles excellaient: lassés d'en être réduits à l'impuissance, des chercheurs ont mis en oeuvre une technique d'identification biologique qui leur permet désormais de distinguer, de manière infaillible, les espèces faussement jumelles. Avec, en prime, une jolie surprise: la découverte au Mali d'une nouvelle venue adaptée aux milieux rocheux, caractéristique peu banale dans une famille inféodée aux environnements sableux.


Mais pourquoi un tel intérêt pour l'identité des gerbilles? Parce que celles-ci, très répandues dans les régions arides, n'ont pas toutes le même pouvoir de nuisance. Certaines, par leur mode de vie ou par simple opportunité, peuvent provoquer de véritables désastres agricoles. Ainsi Gerbillus nigeriae, largement présente de la Mauritanie au Tchad, peut-elle infliger aux cultures des pertes catastrophiques. Avec d'autant plus d'efficacité que l'espèce, comme tous les rongeurs, est prolifique (deux ou trois portées par an, trois à cinq petits par portée) et que sa densité en période faste peut atteindre plusieurs centaines d'individus par hectare.