Parent pauvre des politiques environnementales - L'Europe s'attaquera à la dégradation des sols

L'Europe a amorcé en fin de semaine une première réflexion en profondeur sur l'état de ses sols, jusqu'ici les parents pauvres des politiques environnementale et de conservation.

En effet, les ministres de la commission européenne ont siégé informellement à Palma de Majorca, en Espagne, où ils ont discuté des grandes lignes d'une éventuelle politique européenne sur la protection des sols, d'application universelle.


L'Europe a quelques raisons de s'inquiéter car les données disponibles indiquent que 16% de sa surface actuelle, soit plus de 50 millions d'hectares, souffrent de dégradation des sols à des degrés divers. Un plus récent relevé a permis de constater que si les pays candidats à l'intégration européenne faisaient partie de la grande famille, le pourcentage de sols dégradés grimperait à 35%, ce qui menace à long terme un patrimoine généralement sous-estimé.


Et ces chiffres touchent ce qu'il est convenu d'appeler la «structure des sols», pas leur contamination, un phénomène peu examiné jusqu'à présent et qui toucherait, par exemple, au Québec environ 10% des sols agricoles. Des chercheurs ont en effet noté ici en 1990 des augmentations des teneurs en cadmium, chrome ou plomb dans les zones de monoculture intensive.


Il faut, en Europe, en moyenne 500 ans pour que l'action des bactéries et des minéraux du sol produisent 2,5 cm (un pouce) de sol organique, celui qui est essentiel pour l'alimentation des humains. Cependant, il suffit d'une ou deux décennies de culture intensive, ou à peine quelques années d'érosion, pour faire disparaître irrémédiablement ce capital que les exploitants considèrent à tort comme inaltérable.


«Nous plaçons désormais la protection des sols au même plan que l'épuration de l'air et de nous ressources en eau, explique la Commissaire européenne à l'environnement, Margot Wallström. Pendant trop longtemps, nous avons considéré le sol comme un bien acquis. Or l'érosion, la diminution de la qualité et l'imperméabilisation des sols sont des problèmes majeurs dans toute l'Union européenne. Il s'agit d'un enjeu de développement durable car ses tendances sont en grande partie irréversibles et le sol est essentiel pour notre subsistance.»


En Europe, c'est la Méditerranée qui est la plus touchée. Déboisée systématiquement pour le chauffage et la construction pendant des siècles, cette région est maintenant aux prises avec une érosion accélérée par l'absence de végétation. Dans d'autres régions, par contre, la concentration de la production agricole et la revégétation font en sorte que le couvert forestier regagne du terrain.


Mais les chercheurs notent de nouvelles menaces comme la contamination croissante de ces sols en raison de l'usage intensif d'engrais et de la pollution atmosphérique qui y aboutit. Les nappes souterraines sont bloquées dans leurs mouvements par la construction en profondeur, le pompage intensif et les sols ont de plus en plus de difficulté à se recharger en raison de leur imperméabilisation causée par leur revêtement sous forme d'habitations, de rues asphaltées ou par la compaction de la machinerie agricole.





Au Québec


Au Québec, un bilan en préparation sur les pratiques agricoles par le ministère de l'Environnement, consulté par Le Devoir, consacre à cette question à peine une page sur plus de 100. L'observation de l'évolution des sols québécois par les universitaires à partir de 14 sites de recherche indique que la «grande majorité» des sols québécois affichent des teneurs en métaux lourds qui se situent à l'intérieur des balises de sécurité du Conseil canadien des ministres de l'Environnement.


D'après une étude réalisée en 1990 par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPA), 48 400 ha de sols cultivés affichent au Québec une augmentation «significative de leurs teneurs en métaux». Tabi et al ont démontré dans cette étude qu'environ 10 % des surfaces cultivées en monoculture et avec d'importantes doses d'engrais et de chaux présentaient des hausses sensibles de leurs teneurs en cadmium, chrome et plomb. À ces pratiques s'ajoutent des apports atmosphériques de cadmium, de dioxines et de furannes en provenance des zones industrielles, sur lesquelles il n'existe aucun suivi systématique.