Du 9 au 13 juin - Place à la «planète hydrogène»

Montréal sera l'hôte du 9 au 13 juin prochain de la 14e conférence mondiale sur l'hydrogène énergétique. Cette importante réunion au cours de laquelle plus de 350 communications seront présentées aura pour thème général «la planète hydrogène», par opposition à celle qui fut au cours des siècles passés la planète bois, puis la planète charbon, pétrole et gaz naturel.

Selon les organisateurs de cette conférence, l'heure de l'hydrogène approche de plus en plus. «Étant donné les problèmes environnementaux actuels, l'utilisation de l'hydrogène en tant que vecteur énergétique constitue vraiment la solution pour notre planète», déclare Tapan K. Bose, président de la Conférence et de l'Association canadienne de l'hydrogène. M. Bose est aussi professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières.


Pierre Rivard, qui est président du comité industriel de cette conférence et qui est par ailleurs président de Hydrogenics, une entreprise dans laquelle General Motors détient une participation de 28 %, fait valoir qu'à long terme, l'hydrogène deviendra le carburant généralement utilisé. Comme cela s'est vérifié dans le cas d'autres innovations technologiques importantes, par exemple le téléphone ou la radio, il faut prévoir une période de transition qui peut s'étendre sur une période de 15 à 30 ans.


Dans le cas de l'hydrogène, M. Rivard pense qu'il faudra une trentaine d'années pour installer toutes les infrastructures requises, créer ou d'adapter les entreprises en fonction des changements, donner le temps aux gouvernements de s'ajuster, sans oublier les consommateurs qui devront se faire à l'idée des changements. Enfin, la transition est nécessaire pour éviter des dislocations trop rapides dans l'industrie existante qui fonctionne au pétrole ou au gaz naturel. «Il faut y aller de façon réfléchie», soutient M. Rivard.


Quoi qu'il en soit, l'évolution vers l'hydrogène est irrévocablement engagée, s'empresse-t-il d'ajouter. Il mentionne qu'il y a eu, depuis 18 mois, plus d'investissements en rapport avec l'hydrogène énergétique qu'au cours des 10 années précédentes. Les investissements sont désormais de deux milliards $US par année. En 2000 par exemple, cinq compagnies qui travaillent sur les piles à combustible ont pu attirer un milliard en capitaux nouveaux.


L'industrie de l'automobile est particulièrement active sur le front de l'hydrogène. En Europe, DaimlerChrysler veut mettre sur le marché d'ici 2004 des véhicules marchant à piles à combustible; elle consacre à ce projet un budget d'un milliard. BMW est également très engagée dans cette démarche. La firme allemande profitera d'ailleurs de la conférence de Montréal pour y présenter le «BMW CleanEnergy World Tour 2002», une démonstration portant sur la production, la distribution et le stockage de l'hydrogène liquide et son utilisation dans le secteur automobile, comme carburant pour les moteurs à combustion interne.


Au Japon, le programme WE-NET (World Energy Network) est doté d'un budget de deux milliards en vue d'établir de nouvelles bases énergétiques comprenant la production, la distribution, le transport et l'utilisation de l'hydrogène. Aux États-Unis, divers projets portant sur les piles à combustible sont en cours en astronautique, et les grands manufacturiers d'auto, Ford et General Motors, travaillent eux aussi à la mise au point d'autos fonctionnant à piles à combustible ou avec des moteurs à combustion interne adaptés à l'hydrogène, comme additif au gaz naturel.


Au Canada, le gouvernement fédéral a accordé des aides financières substantielles de plus de 70 millions à la firme Ballard Power Systems pour développer la technologie des piles à combustible. Le Québec est également très engagé, notamment dans le cadre du projet Euro-Québec Hydro-Hydrogène. Plusieurs entreprises québécoises et européennes ont participé à des travaux de recherche qui ont entraîné des mises de fonds dépassant 60 millions.


Mais il reste énormément de travaux à faire pour surmonter toutes les contraintes technologiques concernant par exemple les coûts de production par électrolyse, le reformage du gaz naturel, le stockage pour lequel les systèmes sont plus ou moins performants, complexes et coûteux, et enfin, les réservoirs pour véhicules qui ne sont pas encore au point.


Les promoteurs de l'hydrogène font valoir qu'en plus de produire une énergie qui ne laisse aucune trace de carbone et qui contribue du même coup à la réduction ou l'élimination de l'effet de serre, le recours à l'hydrogène pour la consommation courante des véhicules-moteurs et de l'industrie permettra de n'utiliser le pétrole que dans les cas où on ne pourrait pas s'en passer, par exemple la fabrication de pneus et de plastiques.


Présentement, il n'y a que 12 % des consommateurs de la planète qui ont accès à l'automobile. Il en reste 88 % qui rêvent eux aussi d'avoir leur auto, rappelle M. Rivard. Sans la conversion à l'hydrogène, jamais l'atteinte d'un tel objectif ne serait possible, tant pour des raisons de pollution que de réserves pétrolières disponibles.