Recyclage - Les journaux refusent de payer une «taxe sur la culture et l'information»

Les quotidiens, les hebdomadaires et les magazines du Québec, réunis au sein du regroupement Recyclemédias, s'opposent à ce qu'on leur refile une note de 10 millions pour financer la collecte sélective des matières recyclables, une activité largement déficitaire à l'heure actuelle.

Lors de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 102 modifiant les règles en matière de récupération et de recyclage, des représentants des médias écrits ont demandé au gouvernement d'exclure les imprimés de l'application de la nouvelle loi. Défendu par le ministre délégué à l'Environnement et à l'Eau, Jean-François Simard, le projet de loi 102 vise à éponger la moitié du déficit de la collecte sélective au Québec, une perte de 50 millions par année, selon l'évaluation de Recyc-Québec, qu'assument en totalité les municipalités. Québec voudrait en refiler 25 millions aux «pollueurs-payeurs», y compris les médias imprimés.


Les arguments présentés par les médias écrits sont de deux ordres. En premier lieu, les journaux et les magazines ne sont pas des déchets, ni des emballages. Cette nouvelle taxe sur le recyclage «serait en fait une taxe sur la culture et l'information», a fait valoir Alain Dubuc, le p.-d.g. du Soleil. Le taux de lectorat au Québec est de 140 lecteurs par 1000 habitants, contre 159 dans le reste du Canada, 227 aux États-Unis et 218 en France. Les entreprises de presse québécoises sont «fragiles» et leur niveau de rentabilité est inférieur à celui observé dans les autres provinces, a-t-il ajouté. La nouvelle taxe contribuera à diminuer le tirage et le lectorat des médias écrits.


D'autre part, le papier constitue un élément qui diminue le déficit de la collecte sélective, a signalé Jean-Claude L'Abbée, l'éditeur du Journal de Québec. Une étude de Ernst & Young commandée par Recyclemédias conclut que la récupération de papier, compte tenu de sa valeur financière, est un terme positif de l'équation, contrairement aux autres matières, comme le verre. Enfin, Recyclemédias souligne que la collecte sélective est une activité mal gérée dont les coûts sont hors de contrôle.


Le ministre Jean-François Simard a tenu à minimiser les répercussions de cette nouvelle taxe sur les médias imprimés. Il a calculé que la taxe ne représenterait que 600 000 $ de plus dans les dépenses des quotidiens, ce qui équivaut à moins d'un cent par jour par journal.