Quand l’écotourisme nuit aux écosystèmes

L’intendance privée de l’écotourisme menace les bases mêmes de cette industrie en plein essor, et en particulier sa dimension d’intérêt public international, a soutenu hier Kat Hartwig, de la Colombie-Britannique, au Sommet mondial de l’écotourisme.

Pour Mme Hartwig, de la East Kootenay Environmental Society, «la crédibilité même de l’industrie écotouristique est en cause lorsque les exploitants du tourisme d’aventure se prennent pour les gestionnaires de l’écotourisme».

En Colombie-Britannique, a poursuivi Mme Hartwig, «nous sommes confrontés au fait que le tourisme d’aventure provoque une montée exponentielle du tourisme motorisé et non réglementé dans toutes les zones sauvages intouchées: il est clair dans ce cas précis que le terme écotourisme comme outil promotionnel constitue une fraude».

Deux écoles de pensée s’affrontent dans ce domaine au Sommet mondial sur l’écotourisme, l’une qui réclame plus de place et de liberté pour les agents économiques et l’autre qui plaide pour un encadrement de cet écotourisme pour qu’il n’ajoute pas aux menaces qui pèsent sur les écosystèmes.

«L’idée derrière le concept d’écotourisme, c’est de minimiser l’impact de l’écotourisme et, par le fait même, d’en faire profiter les communautés locales de façon durable. La protection des zones vierges ou sauvages ainsi que de la faune qu’elles protègent doit absolument être privilégiée, a ajouté la conférencière dont le groupe est aux prises avec un exploitant controversé, Canadian Mountain Holidays.

Ce groupe dépose ses clients, skieurs et randonneurs, sur les sommets les plus éloignés et inaccessibles, sur des terres publiques dans une zone très problématique pour des caribous de montagnes. Cette filiale d’Intrawest se présente elle-même comme une sorte de fiduciaire de la nature et des montagnes, dont elle défendrait l’intégrité. Or elle exploite des randonnées héliportées justement dans les derniers retranchements des caribous montagnards de cette province.

L’Organisation mondiale du tourisme et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) veulent développer un modèle d’exploitation durable pour l’industrie de l’écotourisme. Mais ce débat soulève toute la question de savoir qui va diriger le développement de ce secteur commercial nouveau, l’État comme fiduciaire du patrimoine international en cause ou les intérêts privés qui font miroiter aux communautés le mirage des retombées économiques alors que leurs activités risquent, dans certains cas, de mettre en péril les écosystèmes dont ils peuvent abuser.

Ce nouveau secteur commercial prétend pouvoir s’autoréglementer sur la foi de normes d’écocertification, des normes dont il existe présentement environ 200 variantes connues, définies la plupart du temps par les exploitants locaux.

Mais, pense Kat Hartwig, il faut plutôt ici encadrer ce développement par des agents totalement indépendants des agents économiques en cause. «L’idée que cette industrie puisse s’autoréglementer équivaut à laisser la garde du poulailler au renard. Lorsque des espèces sont en péril ou en situation précaire, conclut-elle, cela devient un enjeu international, qui dépasse les besoins ou les perspectives de l’industrie de l’écotourisme.»