L'avant-projet de loi 129 sur la conservation du patrimoine naturel - Protéger la chasse dans les aires protégées

L'avant-projet de loi 129 sur la conservation du patrimoine naturel est présentement débattu devant la Commission des transports et de l'environnement, où il a obtenu cette semaine l'appui de la Fédération québécoise de la faune (FQF).

Mais cet appui est conditionnel parce que cette fédération demande que le préambule d'une éventuelle loi empêche clairement, sur ces territoires, toute interdiction de chasse et de pêche qui ne serait pas justifiée par des fins de conservation.

Cette requête rejoint en effet les intentions récemment exprimées par le ministre de l'Environnement et de l'Eau, André Boisclair, selon qui «la mise en réserve des aires protégées signifie l'interdiction sur ces territoires de toute activité d'exploitation minière, forestière et énergétique. Seules y seront maintenues les activités actuelles liées à la chasse et à la pêche, au plein air», etc.

Il faut souligner cette ouverture que manifeste Québec à l'endroit des activités cynégétiques malgré l'opposition à la chasse de certains milieux écologiques et surtout d'organismes animalistes qui voudraient bien profiter du projet de loi pour réduire les territoires où cette activité est autorisée.

Quand, en février 2001, Le Devoir avait révélé que le gouvernement venait de bloquer son propre projet de désignation d'aires protégées afin que le Québec atteigne la norme de 8 % de l'Union internationale de la nature (UICN), le public québécois avait du même coup appris que les quelque 85 000 kilomètres carrés éventuellement désignés allaient être fermés aux chasseurs et pêcheurs. Les gestionnaires de la faune, qui ont été parmi les premiers au Québec à exiger que la gestion forestière et minière respecte les habitats critiques, avaient alors refusé d'accorder leur appui au projet du ministère de l'Environnement et ajouté leur opposition à celle des forestiers. Un pacte avec le diable, qui avait fonctionné...

Et ils avaient bien raison. Priver les chasseurs et les pêcheurs d'un accès à 85 000 kilomètres carrés de forêts et de milieux naturels équivalait à les expulser d'un territoire pratiquement deux fois plus grand que le territoire des ZEC, qui couvre environ 48 000 kilomètres carrés. Il a fallu 15 ans de batailles politiques et sociales aux chasseurs et pêcheurs pour faire disparaître le monopole d'accès que détenaient les clubs privés sur l'actuel territoire des ZEC.

Chasser et pêcher dans les éventuelles aires protégées ne représente pas, sauf exception, un danger pour leur faune. On pourrait même prétendre exactement le contraire. En demandant à chaque pays de protéger au moins 8 % de son territoire, l'UICN veut ainsi juguler, à juste titre, les menaces qui pèsent non seulement sur des paysages et sur des milieux naturels typiques mais aussi sur les espèces qui les habitent. Or c'est un fait qu'en Europe, en Asie et en Afrique principalement, la protection de plusieurs espèces animales passe par l'interdiction de les chasser.

Mais en Amérique du Nord, au Canada et au Québec en particulier, les territoires forestiers qui font l'objet d'une chasse contrôlée sont en général abondamment pourvus en espèces «chassées». Non seulement les espèces chassées pour le sport ne sont en danger nulle part, mais en général, la stimulation biologique attribuable à la ponction annuelle par la chasse et au ciblage de segments précis des populations animales pour optimiser la reproduction fait augmenter ou stabilise à tout le moins ces populations.

La FQF rappelle que le prélèvement rationnel des espèces permet de régulariser les cycles de population au niveau optimal. Cela se vérifie tout particulièrement dans les régions périurbaines, où la rareté des habitats naturels réduit les sources de nourriture et peut provoquer des surpopulations.

Préciser dans le préambule d'un éventuel projet de loi que chasse et pêche sont compatibles avec la conservation des aires protégées n'est pas une hérésie sur les plans scientifique et social. Mais cette mesure n'est qu'un volet de la réflexion qui devrait déboucher sur un projet de loi plus vaste qui assurerait la pérennité de ces activités traditionnelles afin de préserver cette culture populaire de la nature, celle-ci remontant aux premiers coureurs des bois et participant pour beaucoup à la volonté populaire de préserver notre environnement.

Il ne sert à rien, en effet, de défendre l'accès des chasseurs aux territoires les plus éloignés du Québec, en forêt boréale, où se concentrera une importante partie des aires protégées, si on continue d'assister, impuissants, à la fermeture des territoires municipaux périurbains aux activités de chasse.

Québec doit, comme en Ontario, assurer la pérennité des activités traditionnelles de chasse et pêche, la suite obligée de la bataille pour l'abolition des clubs privés. C'est le droit d'accès à la faune, une ressource publique, qui est en cause. Plus concrètement, Québec doit mettre fin à la prolifération de règles différentes dans chaque municipalité en ce qui a trait à l'usage des armes de chasse en établissant par la loi une distance sécuritaire pour cette activité aux abords des résidences. La règle des 100 mètres pour les fusils de faible portée, la plus courante en Amérique, aurait ainsi automatiquement préséance sur les règlements municipaux existants et aurait l'avantage majeur d'instituer une règle universelle en lieu et place de la panoplie inapplicable des règlements municipaux. Une telle loi devrait aussi exiger que les règlements municipaux qui interdisent l'usage des armes à feu de chasse, ce qui pourrait se justifier à certains endroits, soient approuvés par le ministre responsable de la faune, comme les règlements municipaux sur la protection des berges le sont par un ministre. Il est aberrant que le permis provincial octroyé aux chasseurs perde son effet juridique là où il serait justifié, en ce qui a trait à la faune et à la sécurité, en raison de règlements municipaux dont le bien-fondé n'a jamais été démontré, justifié et validé de façon rigoureuse, y compris, au besoin, en audience publique. Un tel projet de loi pourrait aussi régir les règles de pratique de la chasse dans les aires protégées, sur les terres privées, dans les territoires publics appartenant à des sociétés d'État qui se comportent comme des clubs privés, etc.

Il est temps de sortir du brouillard réglementaire et législatif la pratique de la chasse et de la pêche, qui repose de plus en plus sur l'arbitraire, l'abus de droit et de tolérances à géométrie variable afin d'instituer au XXIe siècle une vision renouvelée de cette pratique qui incarne mieux que tout la définition du développement durable.
- Lecture: Mission banquise, par Jean-Louis Étienne, Éditions du Seuil, collection «Septième continent», 176 pages. Des marins se lancent en solo sur les mers. Jean-Louis Étienne a décidé de s'installer toute une saison durant sur la banquise du pôle Nord, sur laquelle il a dérivé dans une sorte de cabine spatiale flottante, chauffée au photovoltaïque, accompagné d'une magnifique chienne esquimaude. Aventure scientifique d'abord pour suivre sur place la dérive de la banquise polaire, qui a perdu 40 % de son épaisseur et 6 % de sa surface en un demi-siècle en raison du réchauffement planétaire. Ce livre en forme de récit est fascinant parce qu'il renouvelle l'Aventure nordique avec un grand A en doublant l'effort de survie du défi de la connaissance. Un magnifique cadeau pour qui rêve de glaces, d'espaces blancs intouchés, de science, d'ingéniosité et de poésie.
- Caribous: la Société de la faune et des parcs (FAPAQ) demande aux chasseurs nordiques de ne pas abattre les caribous porteurs de colliers-émetteurs! On n'est pas à la chasse aux canards ici, où la récupération des bagues sert à suivre les migrations... Certains hurluberlus pensent même qu'ils obtiendront une récompense pour le collier récupéré! Il en coûte en moyenne 6000 $ au gouvernement pour installer un collier-émetteur. Et les bêtes porteuses sont en général bien identifiées par des colliers de couleur: visez plutôt le caribou d'à côté... Ne jamais couper le collier afin que les biologistes puissent le réutiliser sur une autre bête, demande la FAPAQ.