Terre et mer - L'agroalimentaire gaspésien en mode action

«Il nous faut absolument trouver des façons d’augmenter les revenus de nos entreprises», martèle Luc Potvin, coordonnateur de la Table de concertation agroalimentaire de la Gaspésie. Photo: Thierry Haroun
Photo: «Il nous faut absolument trouver des façons d’augmenter les revenus de nos entreprises», martèle Luc Potvin, coordonnateur de la Table de concertation agroalimentaire de la Gaspésie. Photo: Thierry Haroun

Le monde de l'agroalimentaire en Gaspésie forme une mosaïque de produits en provenance de la mer et de la terre. Un net avantage par rapport à d'autres régions, vous dira Luc Potvin, coordonnateur de la Table de concertation agroalimentaire de la Gaspésie (TCAG). Forces et faiblesses d'une filière en action.

«Dans un marché qui est à maturité comme celui de l'alimentation, il y a deux éléments qu'il faut prendre en compte, celui du prix et celui de la différenciation. En Gaspésie, on a opté pour la différenciation. D'autant que la Gaspésie offre à la fois des produits de la terre et de la mer, ce qui est un net avantage par rapport à d'autres régions», souligne d'entrée de jeu Luc Potvin.

Les 98 000 habitants de la Gaspésie partagent un territoire d'une superficie totale de 20 661 km2, dont 95 % est situé en forêt. Cette population se répartit essentiellement le long de la côte, sur une bande de terre faisant au plus quelques kilomètres de large, nous enseigne le mémoire de la TCAG présenté le 12 juin dernier devant la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire du Québec.

Forces

Sur cette bande étroite de terres défrichées, lit-on, les producteurs agricoles de la région ont réussi à conserver une bonne cohabitation avec les autres secteurs d'activité. S'ajoutant à cette cohabitation harmonieuse, des pratiques agricoles à faible impact écologique permettent le développement d'une industrie récréotouristique dynamique, notamment par la conservation de la pureté de cours d'eau réputés pour leurs saumons. Cette bonne qualité de l'environnement, poursuit le mémoire, est possiblement lié au fait que, toutes proportions gardées, les fermes gaspésiennes utilisent 30 % de moins d'herbicides, de fongicides et d'insecticides que la moyenne des fermes québécoises.

«L'une de nos forces, raconte Luc Potvin, c'est justement la qualité agroenvironnementale de notre région. La Gaspésie est connue pour la qualité de son air, de son eau et de ses sols. Une autre de nos forces, c'est l'isolement géographique de notre région, ce qui favorise l'éloignement des ravageurs et des insectes. En fait, ils prennent plus de temps à se rendre ici, et, avec des mesures particulières, on serait capable de les tenir éloignés.»

Faiblesses

Si Luc Potvin note «un excellent dynamisme de nos entreprises», reste que les faiblesses de ce secteur semblent être à la mesure de ses forces. Parmi ces faiblesses, on note un chiffre d'affaires peu élevé et une faible marge bénéficiaire chez beaucoup d'entreprises. À titre d'exemple, le revenu moyen des entreprises agricoles gaspésiennes se situe entre 75 000 et 80 000 $, alors que la moyenne à l'échelle de la province se situe entre 250 000 et 300 000 $, constate Luc Potvin. «Il nous faut absolument trouver des façons d'augmenter les revenus de nos entreprises», de nature à prendre la mesure de la concurrence.

Le transfert des entreprises, la recherche et le développement et la formation de la main-d'oeuvre sont aussi parmi les faiblesses recensées. Il est également question d'un faible maillage sur le plan intersectoriel, ajoute Luc Potvin. «Vous savez, dans le secteur bioalimentaire, la filière agroalimenatire — ou encore agricole — côtoie le secteur des pêches. Ce sont malheureusement des mondes qui vivent de façon cloisonnée, et ce, depuis longtemps. En clair, nous avons beaucoup à gagner en favorisant les liens d'affaires et le partage de tous ordres entre ces deux filières.»

L'autre maillon faible de ce secteur est la mise en marché des produits, particulièrement pour les petits producteurs. À ce titre, la TCAG mènera au mois de novembre une campagne de promotion en épicerie. «Il s'agit de mieux positionner nos produits sur les tablettes. Il faut que nos produits régionaux se démarquent du lot, et le défi, c'est d'être vu, si on veut vendre. Je pense à une étude qui a été conduite en Abitibi et qui a constaté que seulement 3 % des gens achetaient des produits régionaux, qui étaient difficilement visibles. Alors que ce chiffre passe à 50 % quand les produits sont bien affichés et situés sur les tablettes. Donc, dans le cadre de notre plan stratégique, nous comptons mettre beaucoup d'efforts en sens, et on doit aussi s'assurer que le contenant de notre produit soit à la hauteur de son contenu». fait remarquer Luc Potvin.

Route gourmande

Il n'empêche, le contenu, lui, est en effet varié et riche en saveurs: saumon fumé, caviar, charcuteries, choucroute, fromage de chèvre, miel biologique, bière, confitures et autres marinades, sushis, bleuets sauvages, terrines, agneau nourri aux algues, tire biologique et bien d'autres caprices culinaires sont produits et transformés par des dizaines d'entreprises implantées aux quatre coins de la péninsule. Pour s'en convaincre, il s'agit de fréquenter les marchés publics estivaux organisés dans plusieurs villes de la région ou encore de consulter l'édition 2007 du magazine Gaspésie gourmande, imprimé à 50 000 exemplaires et vendu dans les principaux kiosques à journaux et épiceries du Québec. Ce magazine propose également de parcourir une route gourmande.

La filière de la transformation alimentaire de la région emploie, à elle seule, près de 2800 personnes, pour des livraisons d'aliments et de boissons estimées à 150 millions de dollars. Ces chiffres, à l'évidence, démontrent à quel point ce secteur est un vecteur économique pour la région. Sauf que Luc Potvin tient à dire que la classe politique doit faire davantage sa part en reconnaissant cette industrie à sa juste valeur. «L'agriculteur n'est pas qu'un pourvoyeur de denrées alimentaires, c'est un pivot, une assise pour le développement régional. Il faut reconnaître aux agriculteurs et aux producteurs ce rôle important qu'ils jouent dans la société, comme c'est le cas dans plusieurs pays d'Europe. Ainsi, l'Assemblée nationale doit adopter des mesures concrètes et à long terme, soit sur une période de dix ans, qui viendront en appui à notre industrie, et ce, de manière durable.»

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Collaborateur du Devoir