Élimination des CFC et HCFC - L'industrie au secours de l'ozone

Le Protocole de Montréal n'aurait pas eu le succès qu'il connaît présentement sans la collaboration de la grande industrie. Non seulement y a-t-elle pleinement participé, mais elle a même assumé un rôle de leadership. C'est le cas notamment de la multinationale Dupont.

Vingt ans après la signature du Protocole de Montréal, Dupont entend bien maintenir le leadership démontré dans ce dossier. Prochain cheval de bataille : éliminer les HCFC (hydrochlorofluorocarbones) plus rapidement. Rappelons que le Protocole de Montréal prévoit l'élimination des HCFC en 2030 pour les pays développés et en 2040 pour les pays en développement.

«Nous croyons que nous devons et pouvons agir plus rapidement, avance Mark McFarland, gérant écologique des produits fluorés chez Dupont. C'est la raison pour laquelle nous proposons de réduire les cibles à atteindre en nombre d'années de 10.» Déjà, Dupont a fait des représentations en ce sens auprès des élus américains et elle entend profiter de toutes les tribunes pour faire avancer sa proposition. Une proposition à laquelle adhère Stephen Andersen, coprésident du Montreal's Protocol Technology and Economic Assessment Panel à l'Environmental Protection Agency à Washington. «L'objectif est réalisable car nous possédons les produits de remplacement nécessaires.»

Dupont suggère aussi d'augmenter la cadence d'élimination dans les pays en voie de développement, tout en maintenant une cible finale plus éloignée que pour les pays développés. «Nous souhaitons surtout un gel de la production des HCFC dans les pays en développement d'ici 2010», précise Mark McFarland. Pour sa part, Stephen Andersen croit que cet échéancier sera sans doute difficile à atteindre, mais qu'il faut tout de même essayer. «Le fait que les pays en développement peuvent augmenter leur production de HCFC fait en sorte qu'ils en sont encore plus dépendants. Ils ne pourront certainement pas s'arrêter d'un seul coup. Il faut donc mettre en place une élimination par paliers.»

Active dès le départ

Que la grande industrie veuille éliminer des substances dommageables pour l'environnement plus rapidement que ne l'exigent les protocoles et les législations peut surprendre, particulièrement lorsqu'on pense aux difficultés que rencontre le Protocole de Kyoto. Mais le déroulement du Protocole de Montréal est très différent et la grande industrie collabore pleinement à l'élimination des substances appauvrissant la couche d'ozone (SACO).

En réalité, son action remonte à bien avant la signature du Protocole de Montréal. C'est dans les années 1970 que les scientifiques ont compris que certaines substances, en particulier les CFC (chlorofluorocarbones), endommageaient la couche d'ozone. Dès ce premier cri d'alarme, des entreprises comme Dupont, qui à cette époque était le plus important producteur de CFC avec 25 % de la production mondiale, se sont lancées dans la recherche de produits de remplacement.

En 1974, les États-Unis bannissent l'usage des CFC comme agent propulseur dans la plupart des aérosols. Le Canada emboîte le pas quelques années plus tard. L'industrie s'y conforme, s'adapte sans problème et poursuit ses recherches. En 1986, Dupont réclame une limite à la consommation des CFC et en 1988, soit un an après la signature du Protocole de Montréal, elle s'engage à mettre progressivement fin à sa production de CFC.

Dupont aurait-elle agi autrement s'il n'y avait pas eu le Protocole de Montréal et autres législations? «Difficile à dire, répond Stephen Andersen, mais il est évident que cela n'a pas nui. Tout incitatif tend à faire avancer les choses plus rapidement. Mais il faut aussi saluer le leadership de Dupont en cette matière, qui a eu un effet d'entraînement chez les producteurs mais aussi chez les clients.»

Depuis cette date, Dupont a investi plus de 500 millions de dollars dans la recherche de substances et de produits de remplacement. «Au départ, la tâche n'était pas facile puisqu'on comptait à l'époque, seulement aux États-Unis, pour 135 milliards de dollars d'équipements fonctionnant aux CFC, souligne Mark McFarland. Il fallait trouver une substance qui non seulement pouvait servir dans de nouveaux appareils, mais qui pouvait aussi s'adapter aux équipements existants. Je crois que nous pouvons affirmer avoir réussi puisque, depuis 1998, il n'y a plus de CFC en usage dans les pays développés.»

Les exceptions à la règle

Les CFC ne sont pas les seules SACO concernées par le Protocole de Montréal, d'autres substances le sont aussi. Bien que la plupart de ces SACO soient éliminées dans les pays développés, certaines jouissent d'exemptions, comme les halons et le bromure de méthyle. Les halons, qui servaient d'agent propulseur dans les extincteurs de feu, ont été éliminés partout sauf dans l'industrie de l'aviation, qui s'en sert encore dans les systèmes d'extinction de feu des aéronefs. Les verra-t-on un jour entièrement remplacés? «Curieusement, la réponse viendra grâce au leadership du secteur militaire, affirme Stephen Andersen. Les militaires américains viennent de décider que leurs nouveaux avions ne se serviront plus des halons et ils entendent proposer à l'OACI que l'aviation civile en fasse autant.»

Quant au bromure de méthyle, au Canada, son usage demeure pour la fumigation des meuneries, des établissements de pâtes alimentaires et des sols utilisés pour la culture des plantules de framboises. Aux États-Unis, on l'utilise encore comme pesticide lors de l'ensilage des grains. «Dans la plupart des cas, il existe une technologie de remplacement, explique Stephen Andersen, mais comme l'exception est possible, on ne fait pas vraiment l'effort de les éliminer complètement.»

Lorsque les HCFC auront été éliminés, ils seront remplacés par les HFC, une substance qui n'a aucun effet néfaste sur la couche d'ozone. Par contre, le HFC est un gaz à effet de serre, moins puissant que les CFC mais plus puissant que les HCFC qu'il remplacera. Devrait-on songer aussi à l'éliminer un jour? «Les HFC sont ici pour un bout de temps, soutient Mark McFarland. Il n'y a pas, du moins en ce qui concerne les produits réfrigérants, de remplacement viable. Mais nous continuons la recherche afin de trouver des composés de HFC qui seront moins nuisibles pour le climat.»

Dupont croit aussi que l'utilisation des HFC devrait être mieux encadrée. «La solution serait de s'assurer que les HFC restent dans les équipements et qu'ils ne se déversent pas dans l'atmosphère, explique Mark McFarland. Pour y arriver, il faudrait peut-être resserrer les normes de fabrication des équipements et mettre en place une politique de récupération une fois terminée la vie utile de l'équipement. Une certaine réglementation à cet effet est probablement nécessaire.»

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Collaborateur du Devoir

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