Situation actuelle, causes et incidences - La superficie du « trou » annuel dans la couche d'ozone demeure importante

Le «trou» dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique, photographié par la NASA en 2000.
Photo: Agence Reuters Le «trou» dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique, photographié par la NASA en 2000.

Dans les années 1970, des scientifiques découvrent que les CFC contribuent à l'appauvrissement de la couche d'ozone. Depuis la signature du Protocole de Montréal en 1987, la production et la consommation des substances responsables de cet appauvrissement ont diminué de façon considérable. Il faudra toutefois attendre entre 2060 et 2075 pour que l'épaisseur de la couche d'ozone revienne à son niveau d'avant 1980.

En dépit d'une réduction massive, grâce au Protocole de Montréal, de la production et de la consommation de chlorofluorocarbones (CFC) et d'autres substances néfastes, la dimension du «trou» annuel dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique demeure importante.

Du 21 au 30 septembre 2006, sa superficie moyenne a même atteint un niveau record, soit 27,5 millions de kilomètres carrés. À titre de comparaison, la superficie totale du Canada, y compris ses eaux douces, est d'environ 9,985 millions de kilomètres carrés. La dimension du «trou» dans la couche d'ozone varie toutefois beaucoup d'une année à l'autre en fonction de facteurs ponctuels. Les valeurs minimales d'ozone stratosphérique, qui protège des rayons ultraviolets, semblent quant à elles augmenter légèrement, indique Richard Ménard, chercheur à la Division de la science atmosphérique à Environnement Canada.

La durée de vie dans l'atmosphère des différents types de CFC varie de 45 à 1700 ans, selon un rapport rendu public en février et écrit par des scientifiques pour le compte de l'Organisation météorologique mondiale, du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et d'autres organismes. «Les CFC les plus importants, je dirais, dans l'atmosphère, ceux qui créent vraiment le "trou" d'ozone, ont une durée de vie de 100 ans», explique Michel Bourqui, professeur adjoint aux départements de chimie et des sciences atmosphériques et océaniques de l'université McGill.

«Il va falloir attendre longtemps pour que la concentration de CFC dans l'atmosphère se réduise [...]. Il faut encore attendre une bonne cinquantaine d'années avant de voir vraiment l'effet direct du Protocole de Montréal. Aujourd'hui, on assiste à un ralentissement de la formation du "trou" d'ozone», qui semble avoir atteint sa taille maximale, mais on n'observe pas encore de rétrécissement, ajoute-t-il.

Problème découvert dans les années 1970 et 1980

En 1928, des scientifiques mettent au point les premiers CFC. Dans les années 1960, leur consommation augmente rapidement dans les pays industrialisés. Les CFC sont alors utilisés comme réfrigérants, solvants de nettoyage, propulseurs d'aérosol et agents gonflants pour la fabrication de mousses.

En 1974, deux chimistes, Sherwood Rowland et Mario Molina, publient un article dans la revue Nature mentionnant que les CFC peuvent détruire l'ozone de la haute atmosphère, la stratosphère. Ils indiquent que non seulement les CFC ne sont pas solubles dans l'eau, mais qu'ils «ne trouvaient aucun agent pour pouvoir réagir chimiquement dans toute la troposphère [la couche de l'atmosphère la plus proche de la terre], explique M. Ménard. Cela faisait en sorte qu'ils pouvaient passer de la troposphère à la stratosphère. Plus haut dans la stratosphère, par contre, sous l'effet du rayonnement solaire ultraviolet, ils allaient être dissociés, puis former des atomes de chlore qui allaient réagir de façon catalytique avec l'ozone et le détruire.»

L'année suivante, d'autres scientifiques découvrent que les halons utilisés dans des extincteurs de feu peuvent aussi appauvrir la couche d'ozone.

Vers un protocole

En 1976, le PNUE demande la tenue d'une conférence internationale sur les problèmes de l'ozone.

Les États-Unis interdisent en 1978 les utilisations de CFC qui ne sont pas jugées essentielles. Le Canada, la Norvège et la Suède font ensuite de même.

En 1982, 24 pays se rencontrent à Stockholm et conviennent de créer le Groupe de travail spécial d'experts juridiques et techniques chargé de l'élaboration d'une convention-cadre mondiale pour la protection de la couche d'ozone.

En 1985, des scientifiques du British Antarctic Survey révèlent l'existence d'un «trou» dans la couche d'ozone au-dessus de l'Antarctique. On peut depuis lors observer un «trou» d'ozone chaque année au printemps en Antarctique, lors des mois d'automne de l'hémisphère Nord. «Une fois que l'été arrive, le "trou"» se referme et l'ozone réapparaît», indique M. Bourqui. La formation du «trou» d'ozone nécessite de très basses températures, qu'on retrouve vers la fin de l'hiver.

La Convention de Vienne pour la couche d'ozone voit le jour en 1985. Aucun protocole de réglementation n'est toutefois prévu. En 1987, 24 pays signent le Protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d'ozone. À la fin de l'année 2005, les 191 pays qui ont, à ce jour, signé ce protocole avaient globalement réduit de plus de 95 % leur consommation de substances appauvrissant la couche d'ozone — CFC, halons, bromure de méthyle, HCFC et autres — comparativement aux niveaux de référence fixés.

Conséquences

L'appauvrissement de la couche d'ozone fait en sorte que davantage de rayonnement ultraviolet (UV) atteint la surface de la terre. Les UVA et UVB peuvent causer le cancer de la peau, un vieillissement prématuré de la peau et des cataractes. Les UVB pourraient aussi affaiblir le système immunitaire.

Une augmentation du rayonnement UVB peut causer des problèmes pour la végétation et limiter la productivité des planctons, indique le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle. «Moins il y a de planctons, moins il y a de nourriture pour les poissons et les animaux marins», ajoute-t-il. Le rayonnement UV pourrait aussi affecter certaines cultures, dont celle du soya.

L'AQLPA insiste sur la nécessité d'adopter une approche intégrée en ce qui concerne la pollution atmosphérique et de tenir compte des interactions entre les différents agents polluants et leurs effets néfastes, notamment l'appauvrissement de la couche d'ozone et le réchauffement de la planète.

MM. Ménard et Bourqui expliquent que le réchauffement de la planète s'accompagne d'un refroidissement de la stratosphère, propice à l'apparition de nuages stratosphériques et favorisant un appauvrissement de la couche d'ozone.

La température de la stratosphère est actuellement moins basse en Arctique qu'en Antarctique. Les scientifiques ont observé un appauvrissement de l'ozone au-dessus de l'Arctique, mais de bien moindre importance qu'en Antarctique. D'un côté, la réduction de la présence de CFC devrait avoir un effet bénéfique sur la couche d'ozone au dessus de l'Arctique, et de l'autre, le réchauffement de la planète pourrait agir dans le sens inverse, indique M. Bourqui. «À l'heure actuelle, on ne sait pas vraiment, pour les cinquante prochaines années, à quoi s'attendre. Il n'y a pas vraiment de consensus scientifique.»

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Collaboratrice du Devoir