Sous un ciel toujours bleu

Photo: Jacques Nadeau

Les 191 pays signataires du Protocole de Montréal, qui sont invités à compter de lundi à participer à la 20e réunion des signataires de ce traité, vont certes fêter «le traité écologique le plus efficace» jamais ratifié et l'un des traités internationaux les plus méticuleusement appliqués. Ce qui explique que, en 20 ans, il a produit en bénéfices collatéraux, pourrait-on dire, une réduction des gaz à effet de serre (GES) cinq fois plus importante que celle convenue dans le Protocole de Kyoto.

Pour Achim Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), «la conférence de Montréal n'est pas simplement un grand party d'anniversaire. C'est en fait l'anniversaire d'un énorme défi qui n'est pas terminé et qui offre à la communauté internationale la possibilité de réaliser des gains rapides, à la fois dans le dossier de la protection de la couche d'ozone et des changements climatiques si les pays participants s'entendent pour geler immédiatement la production et accélérer l'élimination des HCFC [hydrochlorofluorocarbones]» et d'autres substances appauvrissant la couche d'ozone (SACO), comme les bromidés.

Plusieurs pays, dont le Brésil, l'Argentine, la Norvège et les États-Unis, proposent depuis quelque temps un gel de l'usage des SACO et une accélération de leur échéancier d'élimination. Les pays développés doivent avoir cessé de produire en 2030 des HCFC, des molécules inventées pour remplacer les CFC (chlorofluorocarbones) visés en premier par le Protocole de Montréal de 1987. Les pays en développement ont pour leur part jusqu'en 2040 pour y parvenir.

Si on convenait maintenant de geler la production des HCFC et de devancer de 10 ans leur élimination, explique Achim Steiner dans une entrevue exclusive au Devoir réalisée il y a une semaine, on pourrait réduire de 3,5 % les gaz à effet de serre de la planète. Il faut noter toutefois que ce gain se réaliserait après 2020, soit après la deuxième phase de réduction des GES, dont la négociation démarre cet automne à Bali, en Indonésie. Mais certains pays voudront amorcer dès maintenant des réductions sensibles de leurs SACO pour en toucher les dividendes sur le marché en plein développement des crédits d'émission de GES, ce qui est actuellement le cas de la Chine.

Contexte différent

Le succès du Protocole de Montréal va susciter bien des comparaisons, au cours des prochains jours, avec la lutte contre les changements climatiques.

Mais s'il y a des différences évidentes, explique Achim Steiner, les parallèles sont nombreux.

D'abord, explique le grand patron du PNUE, voilà un traité qui n'était pas fermé mais évolutif, comme celui de Kyoto qui prévoit la renégociation des objectifs et échéanciers. Il porte sur un grand nombre de substances chimiques — plus d'une centaine de SACO — complexité qui n'est pas absente du Protocole de Kyoto. Enfin, le Protocole de Montréal, qui vise la restauration du principal filtre solaire de la planète contre les rayons UVB, est aussi doté d'un fonds important qui a permis d'investir des milliards en aide aux pays en développement, conformément au principe de la «responsabilité commune mais différenciée», pour leur assurer une part équitable du fardeau des réductions. Le même principe est aussi inclus dans le traité de Kyoto.

Mais, plus fondamentalement que tout, explique Achim Steiner, les deux protocoles sont le résultat «d'une approche guidée par la science, malgré les incertitudes qui persistent» et que la communauté internationale gère en vertu du principe de précaution.

Constats scientifiques

C'est en 1950 que Bates et Nicolet ont exposé leur théorie selon laquelle les radicaux d'hydrogène pouvaient détruire la mince couche d'ozone dans la stratosphère terrestre. Il faudra attendre 1970 pour que des satellites puissent effectuer les premières mesures et 1973 pour obtenir la confirmation du phénomène. Moins de 50 ans plus tard, la plupart des SACO sont maîtrisées, et si la couche d'ozone n'a pas commencé à se restaurer, ce qui devrait se produire autour de 2070, le mégaproblème écologique est en voie de stabilisation.

Mais il aura fallu bien des études pour y arriver et provoquer la mobilisation de la communauté internationale. Il aura fallu, souligne Achim Steiner, la découverte du «trou» dans la couche d'ozone par le British Antarctic Survey dans les années 80, puis, dans les années 90, de nombreuses tractations diplomatiques pour intensifier le retrait des SACO et, en 2000, la découverte par le Japan Meteorological Agency du fait que le «trou» au-dessus de l'Antarctique avait atteint deux fois la surface de ce continent.

«C'est précisément, dit-il, cette synergie entre la meilleure science disponible et la consolidation des instruments internationaux qu'on retrouve dans le dossier du climat aujourd'hui. Pensons au dernier rapport du GIEC [Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat] qui vient de confirmer, après 25 ans de travaux de plus en plus consensuels, que le réchauffement du climat est dorénavant une évidence indiscutable.»