Steven Guilbeault quitte Greenpeace, mais le militant demeure

Après 10 années à la tête de la campagne canadienne sur le climat et plus de six ans à la coordination générale de Greenpeace-Québec, Steven Guilbeault a remis hier sa démission pour devenir, du moins jusqu'à nouvel ordre, un «électron libre», ce qui lui permettra de participer à des projets ou d'accepter des mandats dans différents domaines sans s'intégrer véritablement dans une fonction qui l'accaparerait totalement. Du moins pour l'instant.

Le porte-parole environnemental favori des médias d'information québécois, dont la démission prendra effet le 15 septembre, a tenu à mettre fin hier aux rumeurs au sujet d'un saut prochain en politique. Certes, il reconnaît avoir été sollicité par le NPD, le Parti libéral du Canada et le Parti québécois.

Mais ce pourrait bien être plutôt aux côtés de l'ancienne commissaire à l'environnement du Canada, Johanne Gélinas, que Steven Guilbeault pourrait se retrouver sous peu, du moins pour des mandats ponctuels, a appris Le Devoir de source bien informée, ce que l'intéressé refuse toutefois de confirmer.

L'ancienne commissaire à l'environnement fait désormais partie du cabinet d'experts comptables Deloitte & Touche, où elle coordonne un service de vérification environnementale.

Mais, raconte le papa de la petite Madeleine âgée de deux mois — son troisième enfant —, la vie politique «me priverait de vivre à fond la croissance de mes enfants: on verra dans cinq ou dix ans pour la politique. Je ne ferme pas la porte à cette hypothèse».

D'ici là, toutefois, Steven Guilbeault entend profiter de ses 38 ans pour cumuler les expériences les plus diverses «sans arrêter de militer pour les idées auxquelles [il croit], et surtout, militer pour l'évolution du dossier des changements climatiques, mais sous des formes différentes».

Il convient qu'il a été sollicité de nombreuses parts ces derniers temps, mais il demeure discret sur le sort des propositions qui lui sont faites. Une chose est certaine, il affirme vouloir «demeurer au Québec», en grande partie à cause de sa petite famille.

Il nous confie cependant qu'il n'hésitera pas à donner un coup de main à la fondation Sedna de son ami Jean Lemire, le parrain de la petite Madeleine. La fondation Sedna, qui sera dirigée par Pierre Lussier, l'ex-directeur du Jour de la Terre, a reçu hier au Biodôme une subvention de 750 000 $ pour coordonner les projets de sensibilisation aux changements climatiques d'un certain nombre de groupes environnementaux que Québec considère comme ses «partenaires» de son plan de lutte contre les changements climatiques. Il s'agit des groupes Équiterre, Greenpeace, Mission Antarctique, du Biodôme et des Artisans du Rebut global. Il restera dans l'enveloppe de deux millions par année consacrée par Québec à cette fin quelque 1,25 million pour les initiatives du gouvernement lui-même et des nombreux autres groupes environnementaux, qui devront vraisemblablement s'inscrire, pour leur part, dans le nouveau programme destiné aux «organismes du milieu qui désirent réaliser des projets de sensibilisation». Les autres groupes écologistes, à qui Québec ne décerne pas le statut de «partenaires», risquent de se retrouver en concurrence avec une multitude de groupes sociaux hétéroclites, une situation que plusieurs ont déjà vécue péniblement dans le passé.

Quant à Steven Guilbeault, l'idée d'un changement de cap le travaille depuis quelque temps. Steve Sawyer, le porte-parole international de Greenpeace, vient lui aussi de laisser sa place pour devenir président de l'Association internationale de l'énergie éolienne. Ce départ d'un vieux complice a fait réfléchir Steven Guilbeault à de nouveaux défis.

Après avoir pris en 1997 les commandes de la campagne nationale Climat et Énergie de Greenpeace, Steven Guilbeault s'était fait connaître en escaladant la tour du CN à Toronto en 2001 pour protester contre le retrait des États-Unis du protocole de Kyoto. À part ce coup spectaculaire, le porte-parole de Greenpeace s'est surtout imposé par sa pondération et sa grande connaissance du dossier climatique. Il a participé à toutes les rencontres internationales des signataires du protocole de Kyoto depuis sa signature en 1997 et au deuxième Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002.

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