De l'aménagement d'une île au milieu du fleuve...

Le Comité écologique du Grand Montréal (CEGM) a transformé le boisé des Pères, un dépotoir non autorisé au coeur du quartier Rosemont, en un habitat naturel dont jouissent à présent les citoyens riverains. Quant à Gaston Déry, il a transformé une île quasi déserte, située au large de Trois-Pistoles, en un milieu où s'épanouissent des colonies d'oiseaux et d'animaux marins.

«En restaurant le milieu faunique du boisé des Pères, nous voulions non seulement rétablir le caractère écologique de cet écosystème, mais également faire en sorte que les familles, les enfants et les personnes âgées se réapproprient ce milieu de vie exceptionnel», relate Erik Basil, président du Comité écologique du Grand Montréal.

«Pour sauver notre petite planète bleue, il faut que chacun de nous pose des gestes concrets, insiste Gaston Déry. Pour ma part, j'ai eu le privilège de pouvoir rétablir un milieu naturel en plein estuaire du Saint-Laurent.» L'un comme l'autre rapportent qu'ils seront ravis si leur exemple pouvait inspirer ne serait-ce qu'une seule personne...

«Un "Bed & Breakfast" pour canards»

La famille Déry possède l'Île-aux-Pommes depuis 1927. Toutefois, ayant été laissée à elle-même, l'île était devenue un rocher presque dénué de végétation et habité par 20 000 goélands. «À 28 ans, lorsque j'ai acquis l'île de mon père, elle n'était plus qu'un tas de roches couvert de goélands, raconte Gaston Déry. Pour vous dire, on pouvait la repérer juste à l'odeur — et ce n'est pas une caricature — tant il y avait de goélands dessus! Mais ma formation de forestier m'a permis de voir qu'il y avait là un environnement avec un potentiel énorme... à condition de s'en occuper.»

M. Déry a donc entrepris de transformer son île en un paradis pour oiseaux, en particulier pour les canards eiders. En collaboration avec le Service canadien de la faune et la société Canards illimités Canada, il a développé un ambitieux plan d'aménagement favorisant la végétation et décourageant quelque peu les goélands. «Ces oiseaux nichant toujours dans des milieux découverts, on savait que si on favorisait la régénération des arbustes et des plantes herbacées, cela les découragerait alors que, de leur côté, les canards apprécieraient une si belle place. On a en quelque sorte développé un "Bed & Breakfast" pour canards!»

Un travail réparti sur un quart de siècle !

M. Déry a ainsi investi «25 ans d'amour, de passion, d'énergie et d'argent» dans son île. Il a d'abord fait un brûlage contrôlé afin de régénérer la végétation, ce qui a entre autres favorisé la pousse des framboisiers. Il a ensuite planté des boutures de groseilliers et quelques épinettes. Mais, surtout, il a permis à la nature de faire le reste. «On a en fait donné un coup de pouce à la nature, dit-il, puis nous sommes devenus les gardiens des lieux.»

Résultat, l'Île-aux-Pommes héberge aujourd'hui non seulement 3000 canards eiders, mais également des colonies de goélands, de cormorans, de mouettes et même de petits pingouins. Elle joue en outre un rôle d'incubateur dans la région de Trois-Pistoles puisque les résidants constatent avec ravissement la présence de davantage de canards. «Et comme l'île est un endroit paisible, des mammifères marins viennent s'y reposer, rapporte avec joie Gaston Déry. Il ne se passe pas une journée sans qu'on y voie un loup marin... et, en arrivant la semaine dernière, j'avais un harfang des neiges qui m'attendait! Tout un privilège...»

Le propriétaire des lieux s'empresse toutefois d'ajouter que l'île est une propriété privée qui n'est pas ouverte au public puisqu'il s'agit d'un environnement fragile. «Aujourd'hui encore, nous devons nous en occuper de près, dit-il. On doit par exemple s'assurer que des renards ne viendront pas s'y établir. Et comme la nature a horreur du vide, si je n'occupe pas l'île, d'autres le feront.» En fait, Gaston Déry considère que, s'il a le privilège d'être propriétaire de l'Île-aux-Pommes, il a surtout la responsabilité d'en être le gardien.

Redonner à la nature, et aux citoyens, un boisé

C'est le même esprit qui anime les passionnés du Comité écologique du Grand Montréal, un organisme sans but lucratif créé en 1995 afin de sensibiliser la population à la préservation de l'environnement. «Nous avons été le premier organisme Écoquartier de Montréal, évoque Erik Basil. Nous avons commencé par sensibiliser les citoyens à l'amélioration de l'environnement urbain tout en les motivant à s'engager dans des activités concrètes.»

À cette fin, en 1999, le comité s'est attaqué à la renaturalisation du boisé des Pères, situé à l'arrière de l'hôpital Maisonneuve. «Ce boisé de six hectares est un vestige de l'ère agricole de Montréal, explique M. Basil. Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, il y avait des revendeurs de drogue, de la prostitution masculine... alors que les gens du voisinage venaient y déposer leurs rebuts!»

Un grand ménage

«Nous avons commencé par organiser des corvées de ménage afin de rendre l'endroit un peu plus agréable, poursuit-il. Nous avons sorti plus de dix tonnes de matériaux divers!» Les citoyens du comité ont ensuite entrepris de restaurer les aménagements fauniques en réintroduisant 69 espèces indigènes. Ils y ont planté 949 arbres, 4337 arbustes et 2478 plantes herbacées en plus d'aménager des sentiers écologiques. Ils ont en outre rétabli le milieu humide asséché dans les années 1950, dans l'espoir d'y voir s'épanouir des amphibiens.

«Le projet n'est pas terminé, indique M. Basil, puisqu'il reste encore quatre phases d'intervention. Un milieu naturel en région urbaine ne peut subsister par lui-même. Il est "sur respirateur artificiel" puisqu'il subit un stress constant de la part de tous les usagers et des visiteurs qui s'y trouvent. Et nous, nous ne voulons surtout pas empêcher les gens d'y venir. Au contraire même, puisque notre but est de faire en sorte que les riverains se réapproprient la nature. Bref, il sera toujours nécessaire d'entretenir le boisé des Pères car, autrement, il pourrait se détériorer assez rapidement et revenir à son état de délabrement...»

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Francine Bourgeois - Inscrite 2 juin 2007 10 h 21

    Mise en valeur des milieux naturels

    Deux tres belles initiatives qui demontrent qu avec de la perseverance, on y arrive toujours.