Protocole de Kyoto - Il est trop tôt pour juger le plan fédéral, dit Boisclair

Félicitant Ottawa d'amorcer enfin hier le débat sur la ratification du Protocole de Kyoto, le ministre québécois de l'Environnement et de l'Eau, André Boisclair, estime qu'il est prématuré d'applaudir ou de dénoncer le Plan d'action fédéral, amendé officiellement depuis la semaine dernière.

C'est parce qu'il n'arrive pas à déterminer si les engagements fédéraux rejoignent vraiment les voeux des provinces et du Québec qu'André Boisclair retient son jugement pour le moment.

Pour le ministre, qui a rencontré les journalistes en marge d'une conférence à l'Université de Montréal sur la vision québécoise en matière de changements climatiques, Ottawa a certes annoncé qu'il reconnaîtrait les efforts accomplis par les provinces et les entreprises depuis 1990, année de référence du Protocole de Kyoto.

Mais, a-t-il ajouté, il n'est pas clair qu'Ottawa veuille intégrer cet élément comme pilier de sa politique de permis d'émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le Québec voudrait que le nombre de permis soit basé sur les émissions de l'année 1990, mais la position fédérale, jusqu'à présent, est d'émettre un nombre de permis basé sur le taux d'émissions prévu en 2010. Québec allègue que cette formule permettra au secteur énergétique de hausser ses émissions d'ici là.

D'autre part, le ministre québécois de l'Environnement n'arrive pas encore avec ses fonctionnaires à déterminer si la décision d'Ottawa de limiter à 55 mégatonnes l'effort de réductions exigé du secteur manufacturier. Le Québec avait souligné, chiffres à l'appui, que les formules de réduction envisagées par Ottawa forçaient le secteur manufacturier à absorber une partie substantielle de l'effort qui reviendrait normalement au secteur énergétique, compte tenu de l'importance de ses émissions.

Mais, globalement, et malgré ces incertitudes, André Boisclair estime que «chaque jour, on se rapproche d'un bon plan» national de réductions des GES. Il ne pense pas cependant que la conférence de Toronto, vendredi, où doivent se réunir les ministres de l'Environnement et leurs collègues responsables de l'Énergie, apportera une «réponse définitive» aux voeux et besoins des provinces.

D'autre part, le ministre Boisclair a soulevé les applaudissements des quelques centaines d'étudiants présents quand il a interpellé une jeune militante de l'ADQ sensibilisée aux changements climatiques aux positions de ce parti, qui veut réduire la taille et les moyens d'intervention de l'État dans tous les domaines.

«Comment pouvez-vous réclamer moins d'État» à l'ADQ et soutenir que vous voulez améliorer l'environnement, lance le ministre. Pour André Boisclair, «relativiser l'État dans le contexte actuel, c'est donner un faux signal au marché» en l'invitant au laisser-faire alors que la population réclame le contraire. L'État a plus que jamais un rôle à jouer ici: «Je suis prêt à me battre pour ça», lance le ministre Boisclair en déclenchant des applaudissements de nature à faire réfléchir ceux qui pensent que le «modèle québécois» a fait son temps auprès des jeunes et en matière d'environnement.