Crise environnementale: Suzuki et Gore montrent les médias du doigt

Selon l'ancien vice-président des États-Unis Al Gore, une bonne partie de la solution de la crise environnementale actuelle sur la planète passe par une prise de conscience de la «crise de la démocratie».

Devant environ 4500 étudiants de l'université Concordia, une institution qui lui a décerné un doctoral honorifique hier, Al Gore s'est dit tout aussi préoccupé que le conférencier précédent, l'écologiste David Suzuki, qui avait mis en accusation la superficialité des médias nord-américains dans leur traitement de la crise environnementale.

«J'en viens à la conclusion que pour résoudre la crise environnementale, nous devrons nous pencher sur la crise de la démocratie», a déclaré celui qui a perdu une élection présidentielle par un cheveu.

Il a qualifié de «triviale» l'attitude des grands médias devant la crise environnementale planétaire et en particulier devant les changements climatiques.

Plus tôt, l'écologiste David Suzuki avait donné comme exemple de l'irresponsabilité des grands médias le fait qu'ils n'aient pas écrit une seule ligne au début des années 80 quand 1500 scientifiques de haut rang, y compris à peu près la moitié des Prix Nobel de l'époque, avaient signé une déclaration pour prévenir l'humanité qu'elle en était sur le point de compromettre sa propre survie et celle de plusieurs espèces vivantes à moins d'un changement de cap radical en moins d'une génération. Mais ces grands médias consacrent des pages et des fortunes à couvrir des événements comme l'affaire O. J. Simpson, la mort de la princesse Diana, etc., alors qu'aucun de ces événements n'influencera le cours de l'histoire humaine comme aurait pu le faire une prise de conscience à la suite de la déclaration des plus éminents scientifiques de la planète.

L'ancien vice-président américain a par ailleurs mis en relief le caractère crucial des choix que fera le Canada en matière de changements climatiques.

«Le Canada, a-t-il dit, joue un rôle fondamental dans ce débat. Il a une grande influence sur les États-Unis parce que son leadership moral a souvent été reconnu dans le monde. Or les États-Unis arrivent à la croisée des chemins. Mais ce n'est pas encore le point de non-retour. Je vais vous dire pourquoi: si, au milieu de ce parcours, notre voisin respecté, dont nous reconnaissons le leadership, tourne le dos à ses engagements, qui ont été contractés à Kyoto, cela équivaudrait à renverser la marmite en la poussant par en dessous ["would knock the pot out from underneath"]», une expression américaine signifiant que le problème viendrait d'un côté où on ne l'attend pas. Et cela, a ajouté M. Gore, ferait bien l'affaire de ceux qui, aux États-Unis, sont plutôt froids à l'idée de cibler les objectifs du protocole de Kyoto, dont la naissance a d'ailleurs été rendue possible grâce à un compromis d'Al Gore à Kyoto en 1997.

L'ancien vice-président a aussi déclaré, au grand plaisir de son jeune auditoire, que «le Québec est la conscience environnementale du Canada en matière d'environnement» mais que, tout bien considéré, «le reste du Canada est pas mal du tout lui aussi dans ce dossier».

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