Étude de l'Institut national de santé publique - Le réchauffement du climat fera 500 morts de plus au Québec

À cause du réchauffement du climat, les villes de Gatineau, Laval, Montréal et Longueuil vont connaître des taux de mortalité estivale accrus dans des proportions allant de 3 à 9 % en 2050 et de 6 à 24 % en 2080, selon une étude inédite réalisée par l'Institut national de santé publique du Québec (INSP).

Cette étude, signée par les Drs Bernard Doyon (CHUL), Diane Bélanger et Pierre Gosselin (INSP), est jugée «très conservatrice» par ses auteurs qui, en cours de route, ont dû revoir leurs scénarios de prévisions en raison de l'accélération des changements climatiques. Leurs scénarios pessimistes du début sont ainsi progressivement devenus leurs scénarios optimistes, a expliqué hier au Devoir le Dr Pierre Gosselin, un des auteurs de cette étude, divulguée sur le site Internet du Centre Ouranos.

Sur une base annuelle, le réchauffement du climat pourrait donc entraîner une surmortalité de 100 à 150 personnes en 2020. Ce nombre passerait à 500 mortalités additionnelles par année vers 2050 et atteindrait les 800 vers 2080: «On va pratiquement rejoindre le niveau des accidents routiers», a expliqué Pierre Gosselin. Cette surmortalité s'ajouterait par ailleurs aux quelque 500 décès additionnels attribués chaque année au smog urbain dans la région de Montréal.

Ces chiffres, a expliqué le Dr Gosselin hier au Devoir, constituent un «strict minimum» car l'étude de son groupe ne tient pas compte de nombreux facteurs qui ne peuvent que faire augmenter le nombre des décès causés par l'élévation de la température moyenne des villes et des régions du Québec.

Ainsi, a-t-il dit, on ne tient pas compte de l'augmentation prévisible de la population, ni du fait que la strate la plus vulnérable, soit celle des 65 ans et plus, va doubler, passant de 14 % à 28 % de la population totale vers 2040.

De plus, a ajouté ce spécialiste en santé environnementale, l'étude en question ne tient pas compte de la vulnérabilité croissante du segment des 65 ans et plus, qui vont être encore plus durement touchés par «l'épidémie d'obésité» qui frappe l'Occident et le Québec en particulier. Cette strate de la population sera par conséquent plus vulnérable au diabète, lequel s'accompagne de maladies cardiovasculaires, dont les victimes sont particulièrement touchées en cas de hausse des températures. Et surtout, a-t-il dit, l'étude ne tient pas compte des canicules ou des événements climatiques extrêmes qui vont inévitablement accompagner le réchauffement du climat, des facteurs susceptibles de faire grimper sensiblement les prévisions de surmortalité.

La Gaspésie et la Côte-Nord épargnées

Les augmentations des températures estivales vont aussi toucher les régions du Québec, y compris les milieux ruraux, ce qui a surpris les chercheurs, qui ne s'attendaient pas à constater un impact aussi étendu. Seules la Gaspésie et la Côte-Nord demeurent relativement à l'abri de la surmortalité. Ainsi, en été, les régions des Laurentides, de la Mauricie, de la Montérégie et de l'Outaouais devraient accuser des hausses de surmortalité de 1 à 3 % vers 2020, de 2 à 9 % en 2050 et de 7 à 21 % vers 2080 dans un scénario où les concentrations de gaz à effet de serre doubleraient par rapport au niveau actuel.

L'«aspect positif» de ce dossier, a expliqué le Dr Gosselin, c'est qu'on peut éviter une partie de cette surmortalité «si on s'équipe en conséquence».

«On a 30 ans, a-t-il dit, pour s'adapter, pour s'assurer d'une meilleure isolation des maisons contre la chaleur, pour s'équiper d'une meilleure climatisation, pour verdir nos villes afin de lutter contre l'effet d'îlot urbain, pour construire des piscines à l'intention des gens qui ne pourront pas s'offrir ces améliorations, par exemple, s'ils sont locataires et ne peuvent agir sur l'enveloppe thermique de leur logement.»

Mais les personnes âgées vont demeurer les plus à risque, a-t-il ajouté, car les plus de 65 ans vont constituer les deux tiers de la surmortalité. Un plus petit pourcentage va se retrouver chez les enfants de moins de cinq ans, ceux qui sont déjà affaiblis par d'autres maladies.

Les spécialistes de l'INSP ont aussi amorcé une autre étude qui tentera de mesurer d'ici quelques années l'impact du réchauffement climatique sur les services hospitaliers, qui devront supporter un fardeau accru en raison du nombre croissant d'urgences et de consultations. Cet impact sera d'autant plus fort que les épisodes de fortes chaleurs, accentués par d'inévitables canicules plus sévères que maintenant, vont survenir en été alors qu'une grande partie du personnel hospitalier est en vacances. Ce phénomène a d'ailleurs aggravé l'énorme surmortalité qui a frappé la France il y a quelques années et que le Québec tente d'éviter en ayant mis au point un plan d'urgence qui comprend un réseau de surveillance et des guides qui, par exemple, vont revoir la médication de plusieurs types de patients parce que plusieurs médicaments réagissent différemment en période de chaleur intense, ce qui va exiger de revoir les dosages et de former le personnel spécialisé en conséquence.

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