Des oeufs d'or pour le Moyen-Orient

Des garde-faune inuits de la région du Nord-du-Québec ont mis la main au collet de deux braconniers internationaux qui pillaient des nids de gerfauts et de faucons pèlerins dans les falaises des hautes montagnes de la région de Kuujjuaq.

Ces deux magnifiques oiseaux prédateurs sont totalement protégés par la Loi québécoise sur la conservation de la faune.


L'équipement sophistiqué et dispendieux utilisé par ces deux braconniers de haut vol donne à penser qu'ils n'en étaient pas à leur première incursion en territoire québécois et qu'ils ciblaient même des endroits si précis, connus d'avance ou repérés en vue de nouvelles visites, qu'ils se guidaient avec des GPS capables de localiser les nids à quelques pieds près.


À la Société de la faune et des parcs du Québec (FAPAQ), on ne pouvait ou ne voulait pas dire si on était en présence d'un réseau international bien rodé. Le porte-parole, Maurice Carrier, a admis que les enquêteurs avaient pris contact avec la GRC et d'autres provinces «afin que ces gens ne puissent plus nuire à personne», mais il se refusait de divulguer la nature des enquêtes en cours. Il ne pouvait dire si les deux braconniers avaient déjà loué l'hélicoptère dont ils disposaient et si leur GPS recelait les coordonnées d'un grand nombre de sites intéressants.


La vente de faucons ou de gerfauts, deux oiseaux de proie qu'on peut dresser pour la chasse, est aussi ancienne que lucrative au Moyen-Orient et en Afrique. Les oiseaux en question peuvent se vendre dans certains émirats plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers de dollars. Ce genre de trafic est aussi interdit par des traités internationaux.


On imagine dans ces circonstances la valeur de la «récolte» réalisée en quelques jours par les deux apaches avant leur arrestation dans un hôtel de Kuujjuaq samedi dernier. Les garde-faune ont en effet saisi un couvoir électrique contenant sept oeufs — cinq d'éperviers et deux de gerfauts — dans un appareil portable et capable de fonctionner avec piles ou sur courant alternatif.


Les deux individus en question, Geffrey-Paul Lunbrum, d'Afrique du Sud, et Paul-Charles Mullin, de Grande-Bretagne, avaient loué un hélicoptère pour aller piller les nids des falaises de la région la plus nordique du Québec. Les garde-faune ont saisi les oeufs et les incubateurs ainsi que les GPS et leur matériel d'alpinisme. Les deux hommes ont fait l'objet de 12 constats d'infraction totalisant plus de 7250 $ d'amende, qu'ils ont réglés sur-le-champ pour filer aussitôt à l'anglaise. Ils n'ont pas été remis à la GRC, qui enquête généralement sur le trafic d'espèces par-dessus les frontières...


Après avoir identifié les oeufs, les biologistes de la FAPAQ ont transporté cette fragile cargaison jusqu'à Saint-Hyacinthe, où ils ont été remis à l'Union québécoise de récupération des oiseaux de proie. Une fois au monde, les oisillons vont être nourris et seront par la suite relocalisés en milieu naturel après avoir été entraînés à y survivre.