Les ressources de la mer seront épuisées d'ici 50 ans, selon l'ONU

Un chalut rempli de poissons sur le morutier français Grande Hermine. Un rapport des Nations unies prévoit l’épuisement des stocks vers 2050 si le patrimoine marin n’est pas mieux protégé.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un chalut rempli de poissons sur le morutier français Grande Hermine. Un rapport des Nations unies prévoit l’épuisement des stocks vers 2050 si le patrimoine marin n’est pas mieux protégé.

Un rapport publié hier par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) prévoit l'épuisement des principales réserves halieutiques utilisées pour la consommation humaine vers 2050, faute de véritable protection du patrimoine marin.

Le même problème pourrait aussi toucher les grandes forêts de la planète, de plus en plus menacées d'être rasées pour en faire des pâturages et des établissements humains, affirme le même rapport.

C'est l'absence de zones protégées, suffisamment nombreuses et suffisamment importantes, en mer comme en milieu terrestre, qui constitue le coeur du problème, souligne le rapport GEO 2007, dont vont discuter à Nairobi cette semaine les ministres de l'Environnement réunis dans le cadre de la 24e session du PNUE et du Forum ministériel mondial sur l'environnement.

Selon le PNUE, «les scientifiques estiment qu'à moins que de nouvelles mesures de gestion ne soient adoptées, la demande croissante de fruits de mer et d'autres produits marins mènera à l'épuisement des réserves halieutiques d'ici à 2050».

De leur côté, les changements climatiques risquent d'aggraver la situation en augmentant l'acidité des océans et des mers, comme le précisait la semaine dernière le rapport du Groupe interministériel d'experts sur le climat (GIEC), mis au point à Paris.

Le réchauffement des mers a aussi pour conséquence de blanchir, et de stériliser par le fait même, les grands récifs de coraux dans le monde, des milieux particulièrement propices à l'éclosion d'abondantes populations de poissons.

Pour les quelque 80 chercheurs et experts qui ont préparé l'Annuaire 2007 sur l'avenir de l'environnement mondial (GEO Year Book 2007), la seule façon d'arrêter l'épuisement des ressources halieutiques des mers consiste à y créer des zones protégées contre toute forme d'exploitation. Ces aires protégées, si elles sont suffisamment nombreuses et vastes pour y maintenir la dynamique des systèmes écologiques marins, vont alimenter de façon durable les zones de pêche voisines, une façon, si l'on peut dire, de récolter les intérêts sans toucher au capital. Et moins dangereuse que l'aquaculture, source de pollution et d'affaiblissement du capital génétique.

Au Sommet de Johannesburg, en 2002, les gouvernements de la planète s'étaient mis d'accord pour mettre en place d'ici à 2012 un réseau international de réserves marines pour protéger la capacité des mers de fournir aux humains durablement une part substantielle de leur alimentation.

Mais au rythme actuel de création de ces réserves, affirme l'Annuaire 2007, l'objectif minimal de préservation ciblé en 2002 ne sera atteint qu'en 2085, soit 30 ans après l'effondrement prévisible des stocks de poissons à valeur commerciale.

Pour l'instant, les aires marines protégées ne représentent que 0,6 % de la surface des mers. On constate pourtant dans ces zones que les espèces ont un taux de croissance d'environ 20 %, ce qui explique la productivité des pêches commerciales que l'on y pratique tout autour. Le problème, c'est que ces zones de pêches protégées ne sont pas assez nombreuses pour atténuer le rythme d'exploitation qu'engendre la mondialisation des marchés.

Mondialisation

Qu'il s'agisse d'exploitation forestière ou de zones marines, la mondialisation des marchés a eu dans ces deux secteurs pour effet d'augmenter considérablement la pression que subissent ces écosystèmes: c'est pourquoi les ministres de l'Environnement réunis à Nairobi ont aussi inscrit la mondialisation à leur ordre du jour afin de trouver des formules pour la civiliser en quelque sorte.

Pour Achim Steiner, secrétaire général et directeur exécutif du PNUE, «la mondialisation est une des questions primordiales de notre temps. Le degré de richesse générée est sans précédent et permet à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Mais un grand point d'interrogation plane au-dessus de l'avenir de la mondialisation, soit sa viabilité pour les générations actuelles et à venir».

L'élévation des niveaux de vie et de la consommation, tout comme l'inefficacité des processus de production dans de nombreux domaines, menacent, selon M. Steiner, tout autant les réserves de poissons des mers, que les forêts et même les réserves d'eau douce de la planète. Cela, dit-il, pourrait «entraîner une débâche spectaculaire» là où plusieurs entrevoient un outil de libération.

La question, ajoute-t-il, n'est pas de savoir si la mondialisation est bonne ou pas, mais de mettre au point rapidement des «structures de gouvernance écologique internationale» capables d'encadrer un développement économique en emballement.

Les ministres réunis à Nairobi vont, par exemple, devoir se prononcer sur la pertinence d'accélérer la création d'aires protégées en mer et dans les forêts pour en préserver le capital biologique.

Une des propositions porte sur la possibilité d'exiger des exploitants commerciaux une compensation financière pour chacune de leurs prises, qui serait versée aux pays qui vont se priver d'un niveau de récolte de leurs poissons de mer en créant des aires maritimes protégées.

En forêt, le débat va porter principalement sur la certification écologique, qui ne touche pour l'instant que 3 % des forêts de la planète. Cette certification est généralement accordée par des organismes internationaux aux exploitants qui acceptent d'encadrer leur récolte par des règles qui privilégient la conservation, les droits autochtones et les besoins des régions qui assument l'intendance de ces ressources.

Les nouvelles formes de gouvernance environnementale à l'étude au PNUE incluent une refonte des institutions internationales, qui seraient appelées dans cette logique à financer seulement ou à financer prioritairement les projets encadrés par de véritables normes environnementales ou qui donnent lieu à de véritables innovations.

Par exemple, cite le rapport du PNUE, des programmes plus écologiques, financés par des banques, ont ainsi permis le financement récent de 17 000 systèmes solaires domestiques qui approvisionnent en électricité quelque 100 000 personnes en Inde.

Dans le cadre de cet examen de conscience de la mondialisation, les ministres seront par ailleurs invités à débattre du contrôle des nanotechnologies.

Ces nanotechnologies, qui, selon le rapport, ne représentent que 0,1 % de l'économie manufacturière mondiale, vaudront 2,6 milliards de milliards de dollars ou 14 % du marché mondial dans sept ans. Or, répète le PNUE, aucun gouvernement n'a encore mis en place la moindre réglementation pour contrôler les impacts potentiels de ces technologies, d'autant plus problématiques qu'il n'y a à peu près pas d'instruments de détection pour mesurer leur dispersion et, encore moins, leurs impacts dans l'environnement.

«Une approche équilibrée, conclut le rapport aux ministres de l'Environnement, est nécessaire pour maximiser les bénéfices [de cette technologie] tout en minimisant les risques.»
2 commentaires
  • Jean-Pierre Audet - Inscrit 6 février 2007 08 h 57

    Vivement plus de pouvoirs à l'ONU

    Je crois important que partout dans le monde se lèvent des gens sensibilisés par les scientifiques et prêts à faire pression sur leurs gouvernements respectifs, afin que bientôt l'ONU soit doté de pouvoirs beaucoup plus contraignants dans le domaine de la préservation de l'invironnement.

    Je serais tenté de parler de gouvernement mondial réunissant des scientifiques, ainsi que de sages gestionnaires politiques et économiques. Mais dans la situation actuelle de notre planète, ce type de gouvernement passera nécessairement par l'ONU. Aussi bien alors doter rapidement cet organisme de la capacité de contraindre à l'obéissance les gouvernements récalcitrants, à commencer par les plus puissants, les USA et la CHINE. l'Europe en général serait prête à jouer un rôle modérateur à ce sujet.

    Car, comme dit le responsable de la réunion à Nairobi des ministres de l'environnement cité par M. Francoeur, «La question n'est pas de savoir si la mondialisation est bonne ou pas, mais de mettre au point rapidement des «structures de gouvernance écologique internationale» capables d'encadrer un développement économique en emballement.»

    Certains se réjouissent de la montée en puissance de la Chine, ce qui permettrait de faire contrepoids à l'hégémonie des États-Unis. Mais la caractéristique chinoise des dernières années, n'est-ce pas exactement ce que craignent les experts en environnement : un développement économique en emballement et une conviction profonde de n'avoir de leçons à recevoir de personne ? Avec le Moyen-Orient à feu et à sang, avec une Afrique qui n'arrive pas à régler de cuisants problèmes de génocide, l'avenir de la Terre (incluant ses océans)ne peut clairement plus être laissé au pouvoir des pays les plus puissants et de la libre concurrence.

    Il faut de grands changements dans la gouvernance mondiale. Et le plus tôt sera le mieux.

  • Lise Jacques - Inscrite 6 février 2007 12 h 38

    On doir faire plus que des zons protégées...

    Les zones protégées ne peuvent pas tout régler. Il y a la sur-peche un peu partout et aussi les méthodes non respectueuses qui sont toujours utulisées par certains pays comme le Japon,des filets géants qui ramassent tout sur leur passage,et il y a l'aquaculture. Celle-ci toujours plus populaire ne règle pas grand chose malheureusement, parce qu'elle n'est pas bien pratiquée.

    Cette industrie qui devait alléger la pression sur les écosystèmes marins ne montre guère de signes encourageants. La culture du saumon, de la truite , des crevettes et autres poissons carnivores es très décevante. Les gens pensent que c'est une façon écologique sans se rendre compte des dommages causés par celle-ci. Elle pourrait etre la solution si pratiquée selon les règles de l'art, ce qui n'est pas souvent le cas.

    Cela prend 5 livres de poissons sauvages pour produire une seule livre de poisson d'élevage selon Mc Ginn, Anne Platt dans THE PROMISE AND PITFALLS OF FISH FARMING, Worldwatch.

    L'aquaculture contribue aussi au déclin des réserves océaniques par les maladies et les parasites qui se développent dans ce genre de culture et qui se propagent facilement dans la population sauvage.Il y avait 800,000 saumons sauvages dans l'atlantique en 1975 auojurd'hui nous en retrouvons 80,000. Quand le WORLD WIDE FUND for Nature et le NORTH ATLANTIC SALMON CONSERVATION ORGANIZATION ont cité les trois raisons pour cette diminution, l'une d'elles était les maladies et les parasites causés par l'aquaculture.(Atlantic Salmon in Short Supply,BBC News on line).

    L'aquaculture est aussi intensive que les formes d'élevage industriel. Les poisons élevés en très grand nombre sont souvent confinés à de petits espaces leur donnant aussi peu que le volume d'une demi-baignoire pour vivre. Cela crée un niveau anormal de stress sur eux et les rend plus vulnérables aux maladies, on a donc recours aux antibiotiques et autres produits chimiques pour tuer les bactéries, les herbicides et les parasites. Les saumons sauvages développent leur couleur rosée par leur alimentation surtout composée de Krill tandis que les poissons d'élevage reçoivent souvent des pigments artificiles de meme que des vaccins et des hormones.
    En l'an 2000, Rosamond Nayllor, une scientifique senior pour la recherche à l'institut Standford International a écrit dans le Journal Nature que...."l'aquaculture est un facteur qui contribue à l'effrondrement des poissons à l'échelle mondiale".Plusieurs scientifiques partout dans le monde nous disent que des espèces comme le hareng, le maquereau, et les sardines, et plusieurs autres espèces qui se situent en bas de l'èchelle alimentaire marine sont ene danger de diaparition à cause de l'aquaculture.

    Selon David Suzuki l'aquaculture devrait etre pratiquée loin des océans afin de ne pas polluer et interférer avec les poissons sauvages comme le saumon par exemple.

    Sur son site il y a beaucoup d'informations pertinentes sur ce sujet, et des liens qui nous reenseignent sur les bons choix à faire ; http://www.davidsuzuki.org/

    Lise Jacques