Kyoto, phase 2 - Sortir de la misère sans épuiser la planète

Dans la deuxième phase du protocole de Kyoto, le rôle des pays en développement pourrait consister à réduire le rythme de croissance de leurs émissions alors que les pays développés pourraient quant à eux s'engager à réduire encore plus substantiellement leurs émissions.

Telle est la stratégie que mûrit actuellement le secrétaire général de la Convention sur les changements climatiques, Yvo de Boer, dont il a fait état lors d'un entretien exclusif accordé hier au Devoir depuis Paris.

Seuls les 35 pays développés, énumérés dans une annexe du protocole de Kyoto, ont actuellement l'obligation de réduire en termes absolus leurs émissions au cours de la période 2008-12. Leurs réductions devraient ramener les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine à 5 % sous le niveau historique de 1990.

«Je pense, a expliqué le Néerlandais Yvo de Boer, que ce serait une bonne proposition que de leur demander [aux pays en développement] de limiter la croissance de leurs émissions. En réalité, en vertu de la convention de Rio sur les changements climatiques et dans le protocole de Kyoto, il y a déjà un engagement de leur part à réduire leurs émissions et à lutter contre les changements climatiques.»

«Dans le cadre d'un futur régime, a poursuivi le secrétaire de la convention internationale, nous devrions examiner les incitatifs que nous pourrions mettre en place pour stimuler l'action de leur côté. Mais je pense qu'au cours des prochaines décennies, la vraie question pour les pays en développement consistera à limiter la croissance de leurs émissions plutôt que de leur demander de les réduire» en termes absolus.

Cette question est centrale dans le débat sur la deuxième phase du traité de Kyoto, car l'absence de réductions obligatoires de la part de la Chine ou de l'Inde, par exemple, avait conduit le Congrès états-unien, républicain à l'époque, à bloquer la ratification du protocole.

«Il est très important, reconnaît Yvo de Boer, de nous rappeler la nature des préoccupations des États-Unis lorsqu'ils ont décidé de ne pas ratifier Kyoto. Et nous devons en tenir compte dans la mise au point d'un nouveau régime parce que les États-Unis sont à la fois un pays important et aussi une des sources les plus importantes d'émissions de gaz à effet de serre. Nous avons besoin d'eux à bord!»

«Mais nous ne devons pas oublier que les préoccupations centrales pour les pays en développement sont la croissance économique et l'éradication de la pauvreté, a poursuivi le grand patron du dossier du climat. Ceci signifie que la mise au point du nouveau régime [post-2012] doit leur permettre de poursuivre leurs objectifs de croissance et de lutte contre la pauvreté tout en faisant en sorte qu'ils puissent limiter simultanément leurs émissions. Je pense que cela peut se faire avec des incitatifs de taille et par le jeu du marché.»

M. de Boer a expliqué qu'on ne peut pas se rendre à l'argument de ceux qui plaident encore pour que les pays en développement réduisent leurs émissions en termes absolus, comme le font les 35 pays développés dans le cadre de la phase 1 de Kyoto.

«Les pays industrialisés, a expliqué Yvo de Boer, émettent des GES depuis plus de 100 ans. Ils sont maintenant en excellente santé économique mais aussi sensibles désormais à la réalité des changements climatiques.» Ces pays ont par conséquent une obligation morale et politique d'assumer l'essentiel de l'effort de réduction, obligation d'ailleurs reconnue dans le protocole de Kyoto par le principe de la «responsabilité différenciée».

Pour Yvo de Boer, le Canada fait toujours partie des pays qui reconnaissent et doivent appliquer les termes du protocole de Kyoto.