Eau potable, l'Ontario reste vulnérable

Toronto — La nouvelle législation sur la qualité de l'eau potable déposée hier en Ontario laisse cette province vulnérable à l'égard d'un autre désastre analogue à celui survenu à Walkerton, en mai 2000, ont fait valoir des écologistes et d'autres critiques.

Le problème principal, ont-ils dit, tient à ce que le gouvernement ne prévoit aucun mode de financement pouvant permettre aux communautés de respecter les normes établies.

«Seulement la moitié du travail a été fait», a soutenu M. Bruce Davidson au nom d'un groupe de citoyens de Walkerton. «Le plus difficile reste à faire», a-t-il ajouté.

Après avoir déposé le projet de loi, le ministre ontarien de l'Environnement, Chris Stockwell, a fait valoir que les sept personnes mortes et les 2300 personnes rendues malades par l'eau contaminée au

E. coli à Walkerton avaient provoqué un réveil d'une rare brutalité.

Comme l'avait recommandé par le juge en chef adjoint Dennis O'Connor, qui a mené l'enquête sur l'épisode de l'E. coli, la nouvelle législation contient une série de mesures dont certaines ont déjà été mises en oeuvre. Le juge O'Connor avait recommandé la constitution d'un cadre juridique visant à assurer la qualité de l'eau, à partir de la source jusqu'au robinet.

La critique néo-démocrate en matière d'environnement, Marilyn Churley, a critiqué le gouvernement pour n'avoir proposé aucune mesure de financement.

Pour sa part, le critique libéral, Jim Bradley, a profité de l'occasion pour rappeler que la tragédie de Walkerton a découlé de la réduction draconienne des dépenses imposée par le gouvernement conservateur, au point de mettre en péril la sécurité des Ontariens.

Les consommateurs paieront

Le premier ministre Ernie Eves a déjà indiqué que la majeure partie des ressources financières nécessaires à la mise en place des diverses mesures mises de l'avant pour assurer la qualité de l'eau potable proviendront des consommateurs. Il a signalé que bien des gens dépensent beaucoup plus pour la télévision par câble que pour l'eau.

«Les temps sont révolus, pas seulement en Ontario mais au Canada et en Amérique du Nord, où l'eau potable peut être tenue pour acquise. Le public comprend sûrement cela à la lumière des événements tragiques de Walkerton», a-t-il fait valoir.

La nouvelle législation prévoit que les laboratoires devant effectuer les tests de qualité de l'eau devront être accrédités et que les divers exploitants des systèmes d'aqueduc devront détenir les compétences requises.

L'enquête d'O'Connor a mis en lumière que les deux frères qui supervisaient le système d'eau de Walkerton avaient falsifié les résultats des tests et n'avaient pas la compétence requise pour accomplir leur tâche. Ils n'avaient reçu aucune formation spécifique.

Des critiques ont fait valoir, hier, que rien dans la législation n'assurait que les lacs, les rivières et les puits seraient protégés contre la pollution. Ils ont rappelé que le système d'eau potable de Walkerton avait été contaminé par la bactérie E. coli à la suite d'une contamination par des eaux de ruissellement provenant de terres agricoles.

En outre, des municipalités de petite ou moyenne taille ont déclaré être inquiètes de n'avoir pas les moyens de respecter les nouvelles normes gouvernementales.