Plan de mise en oeuvre de Kyoto - Des entreprises veulent qu'on reconnaisse les efforts passés

Ottawa - Certaines des entreprises qui ont déjà diminué leurs émissions de gaz à effet de serre en vue de la ratification du protocole de Kyoto par le Canada n'apprécient pas le plan de mise en oeuvre dévoilé jeudi par Ottawa.

C'est le cas de DuPont Canada et d'Alcan, deux entreprises qui ont pris les devants dans la lutte contre le réchauffement climatique.

«Le gros problème que j'ai, c'est qu'il n'y a pas de reconnaissance des efforts déjà faits», déplore Daniel Gagnier, vice-président principal aux affaires générales et externes chez Alcan. «Ce n'est pas nécessairement la meilleure formule à adopter.»

Le plan de mise en oeuvre de Kyoto présenté par Ottawa établit des projections des émissions des secteurs industriels au pays en 2010, et à partir de ces prévisions, leur demande de les réduire de

15 % uniformément. Certains voient là une façon d'encourager les industriels à ne rien faire d'ici 2010 afin de ne pas avoir à diminuer leurs émissions deux fois.

Le ministre de l'Environnement, David Anderson, a soutenu que les entreprises qui avaient pris de l'avant avaient dégagé des profits et qu'Ottawa n'avait pas à les récompenser une deuxième fois. Une thèse que conteste M. Gagnier. «On a investi de l'argent, et l'argent qu'on a fait, on l'a réinvesti dans de meilleurs technologies.»

La société Alcan dit avoir diminué ses émissions de gaz à effet de serre (GES) autres que le CO2 de 70 à 80 % par rapport à leur niveau de 1990. Le CO2 sera diminué de 285 000 tonnes d'ici 2003; en 2012, il sera de 12 à 20 % sous le niveau de 1990. «Comparativement à la cible du pays, c'est déjà un pas majeur.» Le Canada a pour objectif de ramener d'ici 2012 ses émissions de GES à 6 % sous leur niveau de 1990.

Même son de cloche du côté du producteur chimique DuPont Canada, qui a réduit ses GES de 50 % par rapport à leur niveau de 1990, bien qu'on ne se montre pas trop pessimiste. On croit qu'Ottawa insérera dans son plan des compromis pour les avant-gardistes, avec des pourcentages de réduction moindres. «On est un peu déçus du plan, reconnaît le porte-parole Richard Gareau. Mais on ne voit pas cela comme une porte fermée. Nous ne pensons pas que le plan est définitif. Il n'y a pas d'inflexibilité.»