Les prévisions sont de plus en plus pessimistes - Le climat se réchauffera d'au moins 2°C, selon l'ONU

L’équipage du Sedna IV est à même de constater les effets du réchauffement climatique en Antarctique. Source: Jean Lemire
Photo: Jean-François Leblanc L’équipage du Sedna IV est à même de constater les effets du réchauffement climatique en Antarctique. Source: Jean Lemire

Le réchauffement climatique s'amplifie en raison de l'absorption croissante de chaleur solaire par les mers arctiques et de la fonte du pergélisol, ce qui bouleverse toutes les prévisions passées sur le rythme de ce changement, désormais plus rapide qu'on ne le prévoyait il y a seulement cinq ou dix ans. La fourchette des prévisions des experts se rétrécit, la fiabilité de leurs pronostics augmente et leurs prévisions sont de plus en plus pessimistes.

Dans la meilleure des hypothèses, les experts en climat de l'ONU estiment que le réchauffement minimal de la planète d'ici la fin du siècle sera 33 % plus élevé que prévu il y a cinq ans, la hausse minimale anticipée passant de 1,5 oC à 2 oC.

Telle est la prévision principale que contiendra le prochain rapport quinquennal du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), soit le noyau de spécialistes qui publiera au début de 2007 le prochain rapport synthèse de l'ONU sur l'évolution des changements climatiques.

Se fiant à une source à l'étranger qui a accès au document synthèse en préparation, Le Devoir a ainsi appris que, selon les prévisions du GIEC, l'amplitude du réchauffement climatique d'ici la fin du XXIe siècle sera comprise entre un minimum de 2 oC et un maximum de 5 oC. Dans le dernier rapport du GIEC, l'augmentation prévue de la température moyenne du globe était comprise dans une fourchette 1,5 oC à 5,5 oC.

Cette augmentation minimale de 2 oC de la température moyenne deviendrait ainsi la plus forte hausse connue sur la Terre depuis un million d'années, selon une autre étude divulguée hier par le Goddard Institute for Space Studies de la NASA. Cette dernière étude, publiée dans le journal de l'Académie des sciences des États-Unis, détermine que la planète s'est réchauffée de 0,2 oC par décennie depuis 30 ans, ce qui fait du climat actuel le plus chaud depuis 12 000 ans, expliquait James Hansen dans le communiqué émis par l'institut de la NASA.

Hansen, une sommité internationale en la matière, ajoutait que «ce rapide réchauffement amène le climat mondial à un degré centigrade près du niveau maximum atteint par la température terrestre moyenne dans le dernier million d'années». Si la température moyenne devait grimper encore plus haut, écrit-il, soit non pas d'un mais de deux ou trois degrés centigrades — ce qui reste à l'intérieur de la fourchette des prévisions du prochain rapport du GIEC —, la planète reviendrait au climat qui prévalait à l'époque du Moyen Pliocène, il y a trois millions d'années, alors que le niveau des mers était de 25 mètres (80 pieds) plus élevé qu'aujourd'hui.

«Cela signifie, précise le chercheur du Goddard Institute, qu'une augmentation supplémentaire de la température terrestre de 1 oC constitue un niveau critique. Si le réchauffement est maintenu en deçà de ce niveau, les impacts du réchauffement global pourraient être relativement gérables. Durant les périodes interglaciaires les plus chaudes, le climat terrestre était assez similaire à celui d'aujourd'hui. Mais si le réchauffement augmente de 2 ou 3 oC, nous allons assister à ces changements qui vont faire de la Terre une autre planète que celle que nous connaissons.»

Or, c'est ce que prévoit le prochain rapport du GIEC.

Déjà, rappelle le chercheur, le réchauffement stimule la migration des plantes et des animaux vers le nord. Il cite une étude publiée en 2003 dans la revue Nature qui avaient identifié 1700 espèces qui avançaient de 6 km par décennie. Mais, dit-il, le changement est trop rapide et la nature ne parvient pas à suivre son rythme car le gradient thermique a déplacé les zones de chaleur vers le nord au rythme de 40 km par décennie.

Des études récentes de la NASA ont démontré qu'une partie importante de la hausse de la température du globe est attribuable à un effet de rétroaction positif (positive feedback) du réchauffement provoqué par les émissions d'origine humaine, principalement par la combustion des produits pétroliers. La surface de plus en plus réduite de la calotte polaire réduit en effet la réflexion des rayons solaires vers l'espace et accélère le réchauffement des océans aux pôles et la fonte de glaciers géants comme celui du Groenland. De plus, la fonte du pergélisol des régions nordiques intensifie aussi le réchauffement par la libération du carbone et du méthane emprisonné dans ces sols. Ces phénomènes, craignent plusieurs chercheurs, pourraient accentuer le réchauffement des mers et générer de épisodes perturbateurs plus puissants, comme El Niño. Ils pourraient aussi rendre les changements climatiques incontrôlables par l'espèce humaine d'ici 15 à 20 ans.