Protection de la biodiversité forestière - Chaque pays devra adopter son propre plan d'action

La conférence internationale de La Haye sur la protection de la biodiversité forestière s'est conclue hier sur l'idée que chaque pays signataire devra se doter d'un plan d'action national et de moyens pour vérifier rigoureusement si ses objectifs sont atteints, question d'appliquer avec plus de vigueur la Convention sur la biodiversité.

C'est ce qu'a déclaré hier au Devoir le ministre canadien des Richesses naturelles, Herb Dhaliwal, à sa sortie de la conférence de La Haye, peu avant de prendre l'avion pour le Canada.

Le ministre a laissé entendre qu'on discutait toujours de la possibilité de mettre en place un mécanisme de certification environnementale pour déterminer les produits forestiers ou la gestion forestière conformes aux règles d'une exploitation durable. Cependant, a-t-il dit, c'est une idée qui fait son chemin, et elle sera discutée notamment à Johannesburg, où se tiendra le deuxième Sommet de la Terre en août prochain.

Lors du premier Sommet de la Terre, en 1992 à Rio, les signataires de la Convention sur la biodiversité n'avaient pas décidé de baliser aussi strictement la gestion des forêts, en déclin partout dans le monde, comme l'ont fait pour des raisons d'urgence les signataires de la Convention sur les changements climatiques en coulant les objectifs et les règles de calcul des émissions nationales de gaz à effet de serre dans un protocole désormais célèbre, celui de Kyoto. Les signataires de la Convention sur la biodiversité avaient cependant adopté une déclaration commune sur les forêts.

Les différentes propositions adoptées par les ministres responsables des ressources naturelles "visent à renforcer par des moyens très concrets, et non seulement par des positions de principe et des politiques, la protection de la biodiversité des forêts", a expliqué le ministre Dhaliwal. Le scénario retenu ne prévoit ni règles identiques pour tous ni normes internationales parce que, selon le ministre, les types de forêts et de problèmes varient tellement d'un endroit à l'autre qu'il est plus pragmatique d'adopter plutôt des plans nationaux et de les évaluer avec rigueur.

Le Canada n'est pas en mauvaise posture dans ce dossier, dans lequel il serait même perçu comme un leader, affirme Herb Dhaliwal. Il a jusqu'ici réussi à protéger 8 % de son territoire grâce aux performances exceptionnelles, notamment, de la Colombie-Britannique, qui protège 13 % de ses milieux naturels, et de l'Ontario, qui a atteint la cible morale des 8 % et qui vise désormais les 12 %. Le ministre fédéral a diplomatiquement passé sous silence le fait que le Québec, un des principaux exportateurs de bois d'oeuvre au Canada, protège moins de 2 % de son territoire.

Les grands groupes écologistes canadiens ne sont toutefois pas de cet avis. Plusieurs ont réclamé avant-hier une enquête internationale sur les pratiques forestières au Canada devant la Commission de coopération environnementale de l'ALENA. Les grands groupes internationaux demandent un moratoire sur la coupe des forêts les plus anciennes de la Russie orientale, de l'Europe jusqu'au Brésil en passant par la forêt boréale canadienne et québécoise. Ce moratoire s'appliquerait, selon eux, jusqu'à ce que les pays en cause déposent des plans de gestion durable de ces forêts, révisent le traité sur le bois d'oeuvre pour y inclure des principes de conservation de la biodiversité et réclament à court terme en Amérique 15 millions de dollars pour des projets de conservation et de consolidation des espèces rendues vulnérables par les coupes intensives.