Les règles québécoises protègent mal les lac

Les «critères» du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) sur l'eutrophisation des cours d'eau ne protègent pas les lacs et sont incapables d'assurer un développement respectueux de leur état naturel, confirme une série d'études conduites depuis l'an 2000 dans les Laurentides par la station de biologie de l'Université de Montréal.

Le directeur de cet organisme, le professeur Richard Carignan, estime qu'il faut en effet remplacer le «critère» d'eutrophisation, fixé par Québec à dix milligrammes de phosphore par litre d'eau (µg/L), par une norme capable de s'adapter à tous les lacs. Le chercheur propose plutôt d'autoriser un dépassement maximal du niveau naturel de phosphore, fort variable, des divers lacs québécois.

Quand on lui demande si le suivi de ce niveau de phosphore — essentiel pour déterminer le cran d'arrêt de la villégiature — devrait être la responsabilité des municipalités qui retirent le bénéfice fiscal de la villégiature, le professeur Carignan estime que cela semble être une bonne solution de prime abord. «En tout cas, dit-il, ce serait nettement mieux que la situation actuelle.»

M. Carignan a présenté hier les résultats des suivis de sa station de recherche sur plus d'une centaine de lacs des Laurentides aux nombreux délégués réunis à Sainte-Adèle dans le cadre d'un colloque sur les lacs organisé par le Conseil régional de l'environnement et l'instance provinciale qui regroupe ces organismes.

Ces études ont démontré, a indiqué M. Carignan, que les apports naturels en phosphore équivalent en moyenne à 70 % de la charge des lacs des Laurentides alors que les apports humains correspondent à environ 30 %. En somme, la marge de manoeuvre pour la gestion durable est mince. Dans certains cas, des lacs complètement eutrophisés, c'est-à-dire saturés de nutriments et d'algues, respectent le critère gouvernemental alors que des lacs naturels, surtout ceux alimentés par des barrages de castors, peuvent dépasser ce critère.

Un «critère» comme celui du 10 µg/L, faut-il le souligner, n'a aucune valeur contraignante pour les secteurs privé et public, qui ne sont obligés de respecter que les «normes» réglementaires. Il serait plus normal, a expliqué le chercheur, d'accepter les lacs tels qu'ils sont, avec leur niveau naturel d'oligo-éléments, mais d'empêcher qu'on les dénature par une norme autorisant un ajout maximal de 10 %, norme au-delà de laquelle on ne pourrait plus autoriser de nouvelles constructions. Les études de la station démontrent d'ailleurs que c'est la densité humaine autour des lacs, et principalement dans la couronne riveraine, qui explique les charges excessives partout.

Ces charges en phosphore et en azote sont principalement attribuables aux installations septiques, aux fertilisants des parterres et jardins, au déboisement, aux effluents industriels et municipaux, aux piscicultures et à l'érosion des sols agricoles.