Quand dépolluer devient payant

La lutte contre la pollution atmosphérique est probablement l'une des activités les plus rentables au plan économique qu'un gouvernement puisse réaliser aujourd'hui, révèle l'Annuaire de l'avenir de l'environnement mondial 2006, dévoilé hier aux ministres de l'Environnement réunis en session extraordinaire à Dubaï, dans les Émirats arabes unis.

Ce rapport, qui réunit les indicateurs GEO permettant de dresser un état de la planète, estime que chaque dollar investi dans la dépollution atmosphérique peut rapporter jusqu'à six fois plus que les coûts inhérents à une réglementation solide et bien appliquée, qui vise les usines, les véhicules, les centrales électriques, etc. Ces «économies» s'expliquent par une diminution du taux de la mortalité prématurée, des coûts de la santé et de la fréquence des maladies liées à la pollution. Les sols agricoles vont aussi profiter de retombées atmosphériques moins acides et moins toxiques. La productivité des forêts sera améliorée et les infrastructures publiques seront moins endommagées.

Ces évaluations s'appuient notamment sur des études de l'Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis et des expériences réalisées à Mexico et à Santiago. L'EPA estime avoir fait épargner 690 milliards aux États-Unis avec ses normes en 20 ans. Santiago a épargné plus de quatre milliards en 15 ans. De son côté, la Commission européenne évalue qu'un investissement de sept milliards d'euros en dépollution atmosphérique lui épargnera des déboursés de 42 milliards, tout en améliorant la productivité.

D'autre part, les indicateurs GEO confirment que les attaques contre la couche d'ozone terrestre ralentissent et que le nombre de zones terrestres protégées aux fins de la biodiversité continue d'augmenter.

Mais, en parallèle, le réchauffement du climat entraîne une accélération de la fonte des glaciers et une diminution de l'albédo polaire et de l'ampleur des ressources halieutiques, alors que de 1961 à 2001 la consommation de poissons a plus que triplé, passant de 28 à 96 millions de tonnes. L'évaluation environnementale du Millénaire avait démontré l'an dernier que 60 % des «services biologiques» de la planète ont été altérés. Aujourd'hui, l'inventaire GEO précise que 25 % des ressources halieutiques sont surexploitées et que l'utilisation des eaux douces dépasse de 25 % la réserve disponible à long terme. La raréfaction des stocks de poissons stimule désormais l'élevage en cages marines, avec d'importantes répercussions sur l'environnement: rejets d'engrais alimentaires non digérés, déchets biologiques et vétérinaires, propagation de maladies et de parasites ainsi qu'une contamination croissante des cheptels naturels par les espèces cultivées, moins fortes génétiquement.

Le rapport de l'ONU précise qu'il faut rapidement adapter l'agriculture au réchauffement du climat et à la rareté croissante de l'eau. La production d'énergie doit aussi être revue parce que l'essentiel est monopolisé par les pays développés, alors que 1,6 milliard de personnes n'ont pas encore d'électricité à la maison. Il en résulte notamment de graves problèmes de santé, car de 10 à 20 % de la biomasse utilisée pour la cuisson des aliments (bois, fumier séché, etc.) est brûlée à l'intérieur des maisons, devenant une des 10 grandes causes de mortalité.