La dernière charge de Richard Desjardins fait sursauter

Le poète-chansonnier Richard Desjardins s'est attiré hier les foudres des universitaires ainsi que des forestiers du Québec à la suite de l'analyse percutante qu'il vient de publier sur l'après-rapport Coulombe dans Le Journal de Montréal.

Les autorités de l'Université du Québec à Chicoutimi ont vivement défendu l'indépendance de leurs chercheurs, pris à partie par Desjardins pour avoir recommandé d'inclure les toot picks et les bonsaïs de la forêt boréale à la limite de la toundra dans le potentiel de la province, ce qui gonfle artificiellement ce potentiel et permet de céder des droits de coupe plus généreux aux forestiers sous prétexte que la réserve de bois provinciale est plus importante que prévu.

Desjardins s'en prenait hier au «copinage» entre le gouvernement et l'industrie, visant nommément le directeur du Conseil de l'industrie forestière du Québec, l'ancien ministre Guy Chevrette. Ce dernier, écrit-il, n'a sûrement pas été très sévère envers les industriels pour que ceux-ci lui offrent aujourd'hui de les représenter et de participer à sa nouvelle fondation faunique pour se mettre un peu de vert à la boutonnière. Desjardins accuse aussi les industriels forestiers d'avoir intensifié leur récolte de bois au cours des dernières années pour se faire des réserves en vue des conclusions du rapport Coulombe, qui allait inévitablement reposer sur un constat de surexploitation, ce qui a été le cas. Si elles sont dans la dèche aujourd'hui, les grandes papetières n'ont qu'à s'en prendre à leurs pratiques et Québec n'a pas à soulager leurs maux en leur offrant un soutient de 460 millions.

«Qu'elles crèvent, ces compagnies qui nous siphonnent, et nos territoires et notre économie», conclut Desjardins à propos de cette «gang de bandits de grand chemin».

«Outré» par ces propos, le Conseil de l'industrie forestière, par la voix de son p.-d.g., Guy Chevrette, a accusé Richard Desjardins d'adopter un discours «méprisant et irresponsable» envers la première industrie du Québec.

«Souhaiter que l'industrie crève, c'est souhaiter que les régions du Québec crèvent. C'est souhaiter que les 150 000 personnes qui vivent de près ou de loin de l'industrie forestière du Québec perdent carrément leur emploi et soient condamnées à vivre dans des villages fantômes ou à s'expatrier», déclare Guy Chevrette, qui était ministre des Ressources naturelles et responsable de la gestion des forêts à l'époque où s'est creusée une bonne partie du déficit forestier dévoilé par la commission Coulombe.

Pour Desjardins, c'est exactement le contraire qui se produit. Ce sont, à son avis, les industriels qui, après avoir engrangé les profits, ferment les usines pour ne pas perdre d'argent, quitte à laisser les travailleurs sur le carreau.
2 commentaires
  • Pierre Poulin - Inscrit 3 février 2006 04 h 37

    Que reste-t-il de nos forêts ?

    J'ai fait un voyage de pêche au Réservoir Gouin en juin 2005 et nous nous y sommes rendus par petit avion : un vol d'une heure quinze de +- Mont-Laurier au Gouin, au nord de Parent. Cherchez-y la forêt québécoise : tout est rasé. Comme on rase un caniche au printemps. On laisse des lisières seulement. Déprimantissime. Honte à tous nos gouvernements depuis 50 ans d'avoir laissé faire ça. Quelle manque de vision, quelle lâcheté ...
    Lâchez pas Richard.
    Pierre Poulin

  • Roland Berger - Inscrit 3 février 2006 11 h 48

    Un Richard Desjardins politiquement incorrect

    Richard, je te plains presque. Tu t'attaques à très gros. Merci de l'avoir fait. Tu as raison : les compagnies forestières empochent l'argent tant que faire se peut puis s'envolent avec leur « mognon » laissant les ouvriers de la forêt sur le carreau.