L'opposition au projet Rabaska se fait entendre

Quatre groupes sociaux et environnementaux opposés au projet de port méthanier à proximité de Lévis estiment que les promoteurs du «projet Rabaska» induisent la population locale en erreur en affirmant dans leur publicité que le terminal portuaire sera installé dans une «zone industrielle» alors qu'il s'agit d'une «zone agricole permanente en plein milieu d'une zone résidentielle de la bordure fluviale».

Réagissant à la divulgation de l'étude d'impacts du promoteur et à la distribution d'un dépliant sur les grandes lignes du projet, l'Association pour la protection de l'environnement de Lévis, la coalition Rabat-joie, l'Association de l'île d'Orléans contre le port méthanier et le Groupe de recherches appliquées au milieu (GIRAM) disent avoir trouvé dans ce feuillet publicitaire «incohérence, banalisation des risques et désinformation par rapport aux impacts réels» du projet.

Le projet Rabaska, ont-ils souligné hier en conférence de presse, accorde plus d'importance aux impacts sur les poissons du ruisseau Saint-Claude, jugés très forts, tandis que ceux sur la qualité de vie et la santé humaine sont qualifiés d'«importance moyenne à nulle», alors qu'une «large majorité de la population du secteur rejette le projet, quelles que soient les mesures d'atténuation proposées». Le promoteur prétend le contraire mais base son évaluation sur un sondage englobant une portion beaucoup plus large de la population.

Mais c'est sur l'évaluation des risques et leur gravité que le différend est le plus profond.

Alors que le promoteur estime que le risque est pratiquement nul à l'extérieur de sa zone de sécurité — de 400 à 500 mètres selon les équipements —, citoyens et écologistes citent plusieurs autorités selon lesquelles la zone de danger d'un terminal méthanier va de 1,8 à 5,5 km. Gaz de France, un des partenaires du projet, fait la promotion du nouveau terminal de Fos Cavaou en France en soulignant le fait que «sa localisation est éloignée des zones d'habitation et des voies de circulation», soulignaient hier les porte-parole de la coalition.

Ces derniers citent en particulier la Society of International Gas Tanker & Terminal Operators, dont le promoteur se revendique, et qui recommande d'éloigner les terminaux méthaniers des populations, de les situer à l'écart des voies maritimes utilisées par d'autres navires et surtout des bateaux de plaisance.

Le choix du site Lévis-Beaumont, croient les adversaires du projet, ne répond à aucun de ces critères, d'autant que le risque de collision maritime, jugé nul par les promoteurs, ne tient pas compte, à leur avis, des sept accidents, collisions et échouements, survenus dans cette section du fleuve entre 1988 et 2003, ni du fait que les méthaniers «vont naviguer dans un chenal étroit, souvent embrumé et parsemé de glaces durant cinq mois».