Éducation internationale - Aborder l'interculturel dès le niveau secondaire

Le programme de premier cycle au secondaire en éducation internationale n'obtient que de bons mots de la part des anciens étudiants qui ont suivi la formation. La barre est haute. Les exigences sont nombreuses. Mais les réalisations sont à la hauteur des efforts fournis, selon eux.

«J'ai trouvé que je travaillais cinq fois plus fort que mes amis qui étudiaient au régulier!» Kristel Boulianne-Guillemette en a passé des heures penchée sur ses devoirs alors que ses comparses au secteur régulier faisaient la fête. Aujourd'hui finissante au cégep, elle garde pourtant des souvenirs exceptionnels de ses années à l'école secondaire publique de Rochebelle, à Sainte-Foy. «J'ai appris à connaître le monde, dit-elle. Ayant décortiqué les conflits, les guerres et l'histoire en général, je comprends maintenant tout ce qui se passe dans l'actualité.»

Son avance sur les autres, elle l'a constatée lorsqu'elle a mis les pieds au cégep, en sciences de la nature, dans le secteur régulier. «La différence est surtout visible pour l'organisation du travail, soutient l'étudiante de 19 ans. Dans le programme d'éducation internationale, on travaille beaucoup par nous-mêmes, alors on apprend la gestion de notre temps et comment être efficace.»

Cet aspect est l'une des retombées du programme, selon Michel Tremblay, directeur adjoint au programme d'éducation internationale (PEI) à l'école secondaire de Rochebelle. «On va aussi chercher un plus grand intérêt de l'étudiant, explique-t-il, lui qui admet près de 200 étudiants par année dans le PEI depuis 14 ans. On actualise l'enseignement avec ce qui se passe dans le quotidien, c'est plus intéressant et instructif.»

Ce dernier avoue cependant que la sélection des élèves à l'admission est utile, car le programme est exigeant. «C'est le programme du ministère, mais avec des matières enrichies partout. L'effort exigé dépend de chaque élève, mais c'est sûr que la charge de travail est plus lourde qu'au régulier.» Il ne veut toutefois pas décourager ceux qui se sentent attirés par le PEI. «Il faut rester sur terre aussi, lance-t-il. Le PEI est faisable. Les jeunes peuvent quand même avoir des loisirs et faire du sport. D'ailleurs, plusieurs étudiants au PEI sont aussi parmi les meilleurs sportifs

de l'école.»

Implication communautaire

Et comme pour tout programme international mis en place par l'Organisation du Baccalauréat international (OBI) — l'association européenne qui assure la certification des écoles et le suivi —, l'aspect scolaire n'est qu'un volet de l'enseignement. «L'essentiel est de faire réfléchir l'étudiant», affirme Louis Bouchard, directeur général de la Société des écoles d'éducation internationale du Québec (SEEI), une coopérative qui regroupe tous les établissements qui prodiguent ce type de formation. «On décloisonne les matières, on met l'accent sur l'aspect interculturel et on les oblige à s'impliquer dans la communauté», dit-il.

Car au-delà du programme enrichi qui pousse les élèves à apprendre au moins trois langues, toucher à la musique, aux arts, à l'actualité internationale, aux différents systèmes politiques et à la philosophie (entre autres), il y a aussi le volet communautaire qui prend de l'importance au PEI. Chaque élève doit s'impliquer dans la société durant les quatre premières années du secondaire. «La première année, le jeune arrive dans un nouveau milieu, alors il commence par s'engager dans l'école pour connaître son environnement, explique Michel Tremblay. Il participe à la vie étudiante et siège sur des comités d'école.»

Ensuite, l'adolescent doit sortir des murs de l'établissement. Quelques dizaines d'heures par année, il prête main-forte à son prochain. «Certains donnent un coup de main à des jeunes au primaire pour l'aide aux devoirs, raconte Michel Tremblay. D'autres rencontrent des enfants malades chaque semaine à l'hôpital. On conseille aux jeunes de choisir des activités qu'ils aiment, car on veut qu'ils aient du plaisir à le faire. Plusieurs organismes de la région attendent nos étudiants avec joie année après année.» Par exemple, Kristel Boulianne-Guillemette, douée en théâtre, avait décidé d'en faire profiter les enfants des terrains de jeux de la ville en leur donnant des cours.

Mais ce n'est rien comparativement à son volet communautaire de secondaire IV. Les étudiants doivent alors consacrer plus de temps au bénévolat. «Avec 17 autres étudiants, nous avons préparé un voyage d'un mois au Paraguay, en Amérique du Sud, raconte Kristel Boulianne-Guillemette. Nous avons aidé des habitants du pays et connu en même temps une autre culture. C'est une expérience inoubliable!»

Le projet personnel

Le secondaire V met un frein au bénévolat pour laisser plus de temps aux élèves. Ces derniers entament le dernier droit de leur formation avec la réalisation d'un projet personnel qui doit retracer les grandes lignes de leur apprentissage des années passées. «Nos étudiants sont encadrés par 18 professeurs qui les aident à faire ce cheminement», explique Diane Gladu, directrice adjointe de la polyvalente Deux-Montagnes, en banlieue nord de Montréal. Dans tous les PEI de la province, l'élève peut choisir parmi trois catégories pour réaliser son projet: création, recherche-essai ou organisation d'un événement. «L'important est que l'étudiant prenne quelque chose en main et qu'il le fasse d'un bout à l'autre», souligne Louis Bouchard. Kristel Boulianne-Guillemette avait choisi de créer un site Internet sur le théâtre. «J'ai vu les pièces dans la région de Québec et j'en ai fait des critiques, dit-elle. On pouvait aussi trouver les horaires et les spectacles à venir. C'était pas mal complet.»

Au bout du compte, l'élève du PEI reçoit son diplôme d'études secondaires comme les autres. S'il veut recevoir le certificat émis pas l'OBI et voir ses résultats reconnus partout sur la planète, il doit envoyer ses notes en Angleterre et acquitter les frais supplémentaires (entre 40 $ et 200 $ par personne, selon le nombre de demandes expédiées par l'école). Un calcul permet alors une pondération des résultats au niveau international.

Avec le recul, Kristel Boulianne-Guillemette recommande cette formation à tous les jeunes qui comme elle jadis, cherchent un programme d'excellence. Et pour contredire ceux qui voudraient laisser tomber la sélection des étudiants à l'admission, elle affirme que l'une des forces du programme est justement cet élitisme. «Nous avons appris plus parce que nous étions un groupe fort ensemble, juge-t-elle. Si on rend ça accessible à tout le monde, l'apprentissage risque d'être ralenti par des élèves plus faibles. Je le recommande donc aux jeunes qui sont à l'aise à l'école et qui aiment s'instruire.» Et qui acceptent de consacrer plus d'heures à leur éducation, quitte à faire souffrir un peu leur temps de loisir!

À voir en vidéo