«O tempora! O mores!»

Archives le devoir - Des étudiantes du collège Saint-Maurice, en 1944.
Photo: Archives le devoir - Des étudiantes du collège Saint-Maurice, en 1944.

Ils furent plus d'un ou d'une, ces Québécois qui eurent un jour à traduire la célèbre locution de Cicéron. Et ce «O tempora! O mores!», avant de devenir cet «autre temps, autres moeurs», pouvait subir plus d'une variante. C'était au temps (béni, pour plus d'un) des collèges classiques d'antan. L'apprentissage scolaire, orienté alors vers les valeurs humanistes, supposait la connaissance de ces formules. Et de la classe de syntaxe à celle de rhétorique, le futur bachelier, comme la déjà féminisée bachelière, passaient par tous les stades: d'une traduction simple à une réflexion et une analyse de la pensée que sous-tendait la maxime. Et les ordinateurs n'étaient point là pour faciliter la tâche...

S'il est un sujet de discussion qui semble de mise au temps du «joyeux temps des Fêtes», année électorale ou pas, c'est bien celui de l'évaluation des mérites du système scolaire actuel. Quand la tablée accueille toutes les générations, recouvre par les âges ce passage au long des décennies d'un Québec rural et catholique à la société actuelle, internationale tant par ses origines que par ses ambitions, il serait alors donc de circonstance de s'interroger sur la qualité de la formation donnée à tous ces jeunes, voués à se confronter à un nouveau monde, cosmopolite, changeant, et où rien ne semble jamais acquis.

Pour plus d'un, ce serait meilleur «avant». Pour la jeune génération, il semble toutefois bien difficile de valoriser un monde sans Internet, sans cellulaire de quelque nature, voire sans télévision ou même en l'absence de tout téléphone à portée immédiate de main. Mais l'argument suprême serait dans l'énoncé suivant lequel «les jeunes, avant, recevaient une bien meilleure éducation».

Pourtant, sur ce dernier énoncé, il faudrait voir, faire déborder la discussion au-delà du rappel de ces informations qui régulièrement annoncent, et parfois dénoncent, la faible connaissance qu'ont de la langue française les futurs enseignants et enseignantes.

Alors

Il faut donc fouiller les mémoires et se remémorer cette sixième du primaire où il ne se passait pas grand-chose et ces cours de mathématiques où toute notion de calcul cédait devant la place prépondérante accordée à un seul «par coeur» imposé par un professeur dont la formation n'avait point inclus une quelconque spécialisation.

Plus tard, si dans certains collèges il n'était pas rare de rencontrer une ou un de ces enseignants à qui des voeux d'obéissance imposaient de se retrouver devant une classe d'élèves plus ou moins «performants», et ce après pourtant des études doctorales poussées, il faut aussi rappeler que ce n'est pas dans le seul univers des sciences pures que sévissaient des formateurs aux connaissances rudimentaires.

De plus, en ces jours où jamais autant le mot «performance» n'aura été utilisé, il faut aussi se souvenir de la composition en nombre des élèves de tout collège. De la double classe bruyante des «Éléments latins», premier niveau du cours classique, c'est par une «Méthode» déjà plus légère que passait le futur diplômé avant d'accéder à une «Rhétorique» où, de son groupe initial de 60 comparses, ne s'en comptaient plus qu'une quinzaine lors de ce premier septembre classique. Il était alors admis que les «grandes» études ne convenaient pas à tous.

Maintenant

Pour sûr, l'enseignant d'aujourd'hui ne considère plus son métier, professionnalisation ou pas, comme une vocation: il regimbe quand la tâche déborde, quand on lui demande de régler aussi bien des problèmes sociaux que de simplement transmettre des connaissances. Il évalue aussi son travail en l'inscrivant en parallèle avec des activités similaires. Il demande aussi que les réformes diverses aillent plus loin que leurs énoncés et qu'il ait alors les moyens de les rendre réelles. Bref, il n'est ni exécutant, ni bouc émissaire: il s'appuie d'ailleurs sur des syndicats qui se donnent pour mandat premier de faire état des conditions présentes d'exercice de ce métier noble.

Quant à l'étudiant, il n'a jamais autant eu accès à la mémoire du monde: il le sait d'ailleurs, lui pour qui Internet n'a plus un secret. Il rencontre d'ailleurs dès l'après-

secondaire des éducateurs qui, chargés de cours ou pas, ont souvent un diplôme de troisième cycle inscrit à leur dossier. Et souvent l'école déborde hors les murs: qui le veut pourra ainsi se retrouver en stage loin des cours de l'école quotidienne.

Où est le problème alors, quand jamais autant d'étudiants n'ont fréquenté au Québec les institutions d'enseignement supérieur? Serait-il venu le temps où il s'impose d'admettre que la connaissance universelle n'est plus aujourd'hui possible, qu'il est même impensable d'avoir chez soi une bibliothèque complète, d'autant plus que les encyclopédies vivent elles aussi au rythme des révisions annuelles?

À l'ère informatique, quand l'écologie et la mondialisation s'opposent, il est donc possible que la connaissance des maximes latines, même des plus célèbres, relève du domaine des spécialisations.
2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 8 janvier 2006 09 h 09

    Une démolition lente mais efficace

    L'érection d'un réseau d'écoles publiques primaires et secondaires où se cotoyaient des enfants et des adolescents de toutes les classes sociales étaient à peine achevée que des parents privilégiés ont commencé à dire et redire que leurs enfants chéris perdaient leur temps à l'école publique, voire qu'ils étaient moralement contaminées par la « racaille » de la classe populaire. A commencé alors le retour des écoles privées, subtionnées celles-là, et la démolition lente mais efficace des écoles publiques, lesquelles sont de plus en plus devenus le refuge des pas-assez-bons-pour-l'école privée.

  • Marie-France Legault - Inscrit 25 janvier 2006 10 h 27

    Former une élite.

    J'ai enseigné X années dans le système publique. J'ai côtoyé d'excellents professeurs, des élèves très motivés, des parents très responsables. Je ne suis pas CONTRE l'école privée, car ICI c'est une démocratie et les parents ont le droit de choisir ce qu'ils croient le MIEUX pour leurs enfants. Ils sont décidés à en PAYER le prix, car l'ÉTAT ne subventionne pas à 100% ces écoles. Les parents doivent PAYER parfois jusqu'à $3000 et même $4000 par année.

    Si on veut préparer adéquatement de futurs dirigeants il faut y mettre le paquet. C'est certain qu'on ne bâtit pas une société avec des décrocheurs, des fainéants, des drogués. Et le culte de la "médiocrité" que certains voudraient instaurer pour ne pas créer de complexe d'infériorité, n'est pas la "trouvaille" du siècle.

    Dans l'HISTOIRE on voit tout ce que de simples "ignorants" (Hitler, Mussolini etc...)ont pu faire avec la collusion, le support d'autres ignorants, on devrait se coaliser pour faire triompher le "meilleur" le plus "doué" le plus "compétent".