Primaire et secondaire - Le privé a la cote

Bien qu'elle ait ses détracteurs, l'école privée primaire et secondaire au Québec est relativement bien perçue par l'ensemble de la population. C'est du moins ce qui ressort d'un récent sondage Léger Marketing réalisé pour le compte de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP).

Effectué en août dernier auprès de 1701 personnes reparties sur l'ensemble du territoire québécois, ce sondage révèle que 84 % des répondants voient la présence de deux réseaux scolaires comme un avantage, contre 12 % qui pensent le contraire. De plus, 75 % des répondants estiment que la présence d'un réseau d'enseignement privé ne nuit pas au réseau public.

En ce qui concerne l'encadrement scolaire, 65 % des répondants estiment qu'il est supérieur dans le réseau privé, tout comme 70 % des répondants sont d'avis qu'il y a plus de discipline au privé. Ce sont, par ailleurs, deux des raisons qui ressortent le plus souvent lorsque les parents sont interrogés quant à leur choix de l'école privée. «Depuis un certain temps, précise Jean-Marc Saint-Jacques, président de la FEEP, une troisième raison a pris de l'ampleur. C'est celle des valeurs spirituelles et morales.»

Le financement de l'État

Présentement, le gouvernement du Québec assume environ 60 % du financement du réseau scolaire privé. À ce sujet, les choses se compliquent et le sondage démontre que les avis sont plutôt partagés. Si 46 % des répondants estiment que l'État devrait maintenir le financement tel qu'il est, 39 % croient par contre qu'il devrait le réduire. Sans compter que 12 % pensent au contraire que l'État devrait l'augmenter.

Le financement du secteur privé par l'État est le principal argument évoqué par les détracteurs de l'école privée, qui préféreraient voir cet argent investi dans le secteur public. «C'est une question qui revient de façon cyclique, surtout lorsque le réseau public éprouve quelques difficultés, estime M. Saint-Jacques. Mais ce n'est pas en affaiblissant le réseau privé qu'on va améliorer le réseau public.»

M. Saint-Jacques avance que l'on ne devrait pas opposer les deux réseaux. «Le réseau privé est plutôt le partenaire du réseau public.» De plus, il pense que la présence des deux réseaux côte à côte crée un effet d'émulation. «Cela est stimulant pour l'ensemble du milieu de l'éducation au Québec.»

Craint-il un jour qu'un gouvernement en vienne à abolir le financement du réseau privé? Il pense que non. «Ce ne serait pas rentable pour le gouvernement, qui devrait alors assumer la totalité des coûts reliés aux élèves qui sont présentement dans le privé. Sans compter qu'il faudrait les loger, soit en construisant de nouveaux établissements, soit en se portant acquéreur des nôtres.»

Nécessaire financement public

Mais si cela devait se produire, la situation serait tout simplement catastrophique. En effet, une étude réalisée au mois de mai dernier par le professeur Denis Massé de l'Université de Montréal pour le compte de la FEEP indique que plus de 80 % des parents dont le revenu familial est inférieur 110 000 $ par année retireraient tout simplement leurs enfants de l'école privée si l'État abolissait son financement. C'est le même comportement qu'adopteraient 62 % des familles ayant un revenu supérieur à 110 000 $ par année. «Notre part de marché fondrait, passant du 10 % actuel à environ 2 %. Ce serait à toutes fins pratiques la disparition du réseau privé.» Même une diminution plus modeste, qui se traduirait par une augmentation des frais scolaires de 1000 $ par exemple, serait dévastatrice puisqu'une famille sur deux choisirait alors de retirer son enfant du réseau privé.

Selon Jean-Marc Saint-Jacques, non seulement le gouvernement ne devrait pas retirer son financement à l'école privée, mais il devrait plutôt songer à y investir davantage. «Nous ne demandons pas une augmentation de notre financement qui, à 60 %, nous apparaît équilibré. Mais nos infrastructures ont vieilli et devront faire l'objet de rénovations majeures si l'on veut les maintenir. On espère une aide financière de la part du gouvernement.»

Renouveau pédagogique et diversification de l'offre

De l'avis de M. Saint-Jacques, la réforme scolaire est maintenant bien implantée dans le réseau privé — elle a fait son apparition cette année au secondaire — et elle est perçue comme étant une bonne affaire. «On a remarqué que les connaissances générales se sont accrues. Les jeunes sont plus motivés, ce qui va permettre de les garder à l'intérieur du système. De toute façon, on n'a pas le choix. Il faut varier les approches pédagogiques. Aujourd'hui, les jeunes "zappent" quand ça ne fait pas leur affaire.»

Dernièrement, à l'invitation du Conseil supérieur de l'éducation, la FEEP a déposé un mémoire portant sur la diversification de l'éducation au secondaire. On y plaide évidemment pour le maintien du réseau privé, qui représente aux yeux de la FEEP une source de diversification. Mais on va plus loin.

«Nous croyons que les établissements d'enseignement secondaire devraient se différencier davantage entre eux. Évidemment, il faut respecter le programme national, mais rien n'empêche les écoles de se doter de profils différents. Ce serait alors des projets d'établissement. Par exemple, une école pourrait se spécialiser en sciences, une autre en arts, une troisième en sports-études. Nous croyons qu'il doit y avoir plus de souplesse dans l'offre éducative au secondaire.»

Formation des maîtres

Le réseau privé, tout comme le réseau public, souffre présentement d'une pénurie d'enseignants, en particulier en sciences et en mathématiques. La seule façon de combler le vide présentement est d'obtenir une dérogation temporaire auprès du ministère de l'Éducation permettant d'embaucher une personne compétente, mais qui n'a pas son brevet de maître.

Ici, aussi, la FEEP plaide en faveur d'une plus grande souplesse. Jean-Marc Saint-Jacques s'interroge quant à la pertinence d'obliger tous les enseignants à compléter un baccalauréat de quatre ans en pédagogie avant d'obtenir leur brevet de maître. «Ne pourrait-on pas créer des passerelles? Par exemple, le détenteur d'un baccalauréat en mathématiques ne pourrait-il pas obtenir son brevet plus rapidement? De plus, on pourrait tenir compte de l'expertise pédagogique qui se trouve dans les établissements et qui pourrait servir d'encadrement pour ces candidats.»

Il pousse même la réflexion plus loin. «On pourrait peut-être exiger des étudiants qui font le baccalauréat en pédagogie qu'ils se spécialisent aussi dans une ou deux matières.» Selon lui, la formation des maîtres est cruciale parce que la réussite du système d'éducation repose en bonne partie sur la qualité de cette formation.

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Linda Bossé - Inscrite 7 janvier 2006 14 h 31

    Primaire et secondaire - Le privé a la cote

    Je considère que l'article de Monsieur Pierre Vallée, intitulé "Primaire et secondaire - Le privé a la cote", est biaisé, puisque le sondage dont il parle a été réalisé pour la Fédération des établissements d'enseignement privé et qu'il n'a interrogé personne d'autre que le président de cette Fédération.

    Un comité conjoint, composé de la Fédération des Commissions scolaires du Québec, de la Fédération des comités de parents du Québec et de la Centrale des enseignants du Québec, a présenté il y a quelques mois un document démontrant qu'en diminuant progressivement les subventions à l'école privée, le Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport disposerait d'une somme d'environ 75 millions supplémentaires à réinvestir dans l'école publique. De plus, en faisant la comparaison avec l'Ontario, qui ne finance aucunement ses écoles privées, le comité conjoint en arrive à la conclusion que les écoles privées concerveraient environ 5 % de la clientèle étudiante (et non 2% comme le dit le président de la FEEP).

    De plus, compte tenu de la démographie, les Commissions scolaires doivent souvent fermer des écoles publiques faute de clientèle. Alors, il est faux de prétendre que le réseau public ne serait pas capable d'accueillir les élèves venant du privé.

    De plus, le président de la FEEP demande du financement supplémentaire pour l'amélioration de ses bâtiments, alors que les Commissions scolaires n'arrivent pas à maintenir la qualité des bâtiments du réseau public.

    Il me semble que Monsieur Vallée, suite au sondage commandé par la FEEP, aurait du interroger les différents intervenants du réseau public et surtout consulter le document présenté au Ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, par le Comité conjoint.

    Aussi, il ne faudrait surtout pas oublier que le réseau privé s'adresse aux personnes les mieux nanties de notre société (110,000 $ de revenus, ce ne sont pas les plus pauvres). De plus, lorsque l'on parle d'encadrement, il est faut de prétendre que l'école privée fait plus d'encadrement, puisque les élèves qui s'inscrivent à l'école privée subissent des tests à l'entrée: les écoles privées ont donc la crème de la crème. Les écoles privées n'ont aucun mérite à instruire ces élèves, puisque ces derniers n'ont presque pas besoin d'encadrement.

    Pour moi, l'encadrement c'est d'accueillir un élève avec ses forces et ses faiblesses et de le motiver afin qu'il atteigne ses objectifs. Dans les écoles privées on accueille les élèves avec leurs forces, mais lorsqu'on évalue qu'ils ont trop de faiblesses, on les transfère à l'école publique qui prend la relève et procède à un véritable encadrement. Selon moi, l'école privée ne fait que de la discipline...

    J'ai deux filles qui fréquentent l'école publique et non seulement je suis très satisfaite de l'enseignement et de l'encadrement qu'elles reçoivent, mais en plus, je considère qu'elles ont la chance de vivre dans une micro société dans laquelle elles ont à cotoyer des personnes provenant de milieux différents, de religions différentes et de cultures différentes... Ce qui à mon sens, en fera de meilleures citoyennes dans l'avenir.

    Je conseille donc à Monsieur Vallée de communiquer avec la présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Madame Diane Miron, qui a participé au comité conjoint. Selon moi, avant de publier un texte présentant les résultats d'un sondage, il est important d'interroger toutes les parties concernées.

    Linda Bossé
    Présidente du Comité de parents
    de la Commission scolaire Marie-Victorin

  • Roland Berger - Inscrit 7 janvier 2006 23 h 35

    Le mal est fait

    Durant des décennies, l'enseignement privé s'est vu subventionné tout en sélectionnant les élèves à qui il dispense sa formation. Résultat ? Les institutions privées brillent au palmarès de l'Actualité. La Révolution tranquille a créé une réseau d'écoles publiques qui a fait l'envie de plusieurs pays. L'élite des anciens collèges classiques n'a pas pu supporter la comparaison. L'élite catholique, guidée par Jacques Dufresne et compagnies, a réussi à dévaloriser l'école de et pour tout le monde, l'école résolutrice du clivage social et à en faire le seule voie d'accès à l'instruction pour les non-privilégiés. Comme quoi la trahison des clercs prend différents visages mais ne s'essouffle jamais.